Opinion

La liberté pour les sept Genevois de Briançon!

OPINION. Les sept Genevois qui seront jugés par le Tribunal de Gap faisaient partie d’un groupe de 200 personnes ayant participé à une marche solidaire, explique le conseiller municipal socialiste genevois Emmanuel Deonna.

Le Grand Conseil de Genève était saisi lors de sa dernière session plénière d’une résolution provenant des rangs de la gauche intitulée «Liberté pour les sept de Briançon». Elle invitait le Conseil d’Etat genevois à prendre position en faveur des Genevois Bastien et Théo ainsi que des autres accusés Eleonora, Juan, Lisa, Benoît et Mathieu poursuivis en France pour délit de solidarité. Leur procès débute le 8 novembre à Gap. L’amendement proposé par le groupe socialiste visant à décriminaliser le délit de solidarité a été accepté. Cependant, la résolution a été refusée de justesse (48 voix contre, 47 pour et 1 abstention).

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Pour justifier son rejet, la droite conservatrice a invoqué la séparation des pouvoirs et le devoir de non-ingérence dans les affaires intérieures françaises. L’extrême droite a manifesté sa sympathie envers les groupuscules fascisants qui prônent l’usage de la force aux frontières. Rappelons que de nombreux citoyens suisses et européens s’engagent volontairement dans des actions de solidarité envers les migrants et les réfugiés. Avec des organisations non gouvernementales comme Amnesty International et Médecins sans frontières, des universitaires et des représentants d’autorités morales ou religieuses, ils s’inquiètent ouvertement de voir le droit pénal, civil ou administratif instrumentalisé pour harceler ou menacer les défenseurs des migrants et des réfugiés.

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Conséquences de la banalisation de la xénophobie

Les sept Genevois qui seront jugés par le Tribunal de Gap faisaient partie d’un groupe de 200 personnes ayant participé à une marche solidaire répondant à une provocation du mouvement Génération Identitaire qui a bloqué le col de l’Echelle pour dénoncer l’immigration, tout en répandant un discours xénophobe. De façon scandaleuse, les membres de Génération Identitaire n’ont pas été inquiétés par la justice.

Fidèle à l’esprit de ceux qui l’ont théorisée, la désobéissance civile témoigne d’une créativité dans la mise en œuvre de moyens non violents indispensables pour le progrès social

Dans un arrêt rendu cet été, la Cour constitutionnelle française a consacré ensuite heureusement le «principe de fraternité». Ainsi, le «délit de solidarité» n’existe plus, et la fraternité est admise comme un principe constitutionnel. La loi actuelle doit cependant être réécrite d’ici au 1er décembre. L’aide aux transports tout comme l’aide au séjour de migrants (l’hébergement, les soins ou les repas), dans la mesure où elles sont désintéressées, ne sont plus punissables. Mais l’aide à l’entrée en France ou, en d’autres termes, au franchissement clandestin des frontières, reste un délit, même à titre humanitaire.

Vertus démocratiques de la désobéissance civile

L’action des sept Genevois arrêtés à Briançon, à l’instar des projets de parrainage des mineurs requérants d’asile, s’inscrit dans le contexte plus large d’initiatives visant à encourager et faciliter le lien social, à rendre plus transparentes les frontières invisibles qui séparent souvent les réfugiés et demandeurs d’asile du reste de la population. Alors que les conditions de la migration en Suisse et en Europe se durcissent toujours plus, les actions se réclamant du concept de désobéissance civile se multiplient (s’agissant de la solidarité envers les migrants, on pense notamment à Cédric Herrou, Lisa Bosia et Mimmo Lucano).

Des activités du réseau Education sans frontières pour soustraire à l’expulsion des enfants sans statut légal au fauchage d’OGM, en passant par l’action des déboulonneurs de panneaux publicitaires, la dimension politique des actions de désobéissance civile est, de manière générale, incontestable. Pour agir dans l’espace public et contribuer à animer le débat démocratique, des citoyens décident volontairement de désobéir publiquement et collectivement à une loi. Fidèle à l’esprit de ceux qui l’ont théorisée (Henry David Thoreau, Mahatma Gandhi, Martin Luther King, John Rawls, Hannah Arendt), la désobéissance civile témoigne d’une créativité dans la mise en œuvre de moyens non violents indispensables pour le progrès social.

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