Editorial

Libra et les risques du paiement en un clic

ÉDITORIAL. La monnaie virtuelle en gestation de Facebook sera sans doute un succès. Mais il faudra rester très attentif à l’utilisation des données que fera le réseau social

Les questions que pose la monnaie virtuelle créée par Facebook, la libra, sont vertigineuses. Elles le sont d’autant plus que le réseau social a mis toutes les chances de son côté pour que son lancement soit un succès. Le géant californien dispose des atouts qui manquent aux cryptodevises pour être adoptées largement: une base d’utilisateurs potentiels immense, une grande facilité d’usage et une valeur stable.

Facebook a été assez malin pour anticiper les critiques. Les données financières seront séparées des données du réseau social, promet-il. Veut-il avoir le monopole sur ce qui est l’un des symboles les plus caractéristiques des Etats? Non, puisque la gouvernance de la monnaie sera partagée avec 27 autres membres au sein d’un groupe appelé à grandir. Veut-il se substituer aux banques centrales? Non, il souhaite plutôt collaborer avec elles.

Plus intrusifs que Facebook

Ces garanties suffiront-elles à assurer son succès? Probablement. Les solutions de paiement par messagerie existent déjà, notamment via WhatsApp (propriété de… Facebook) dans certains pays, ou via WeChat en Chine. Et quoique ces transactions se fassent pour l’heure en monnaies traditionnelles, les utilisateurs ne semblent pas s’inquiéter du fait que des géants de la technologie, parfois plus intrusifs encore que le groupe américain, aient accès à leurs informations financières.

Le scandale permanent autour du traitement des données par le géant californien ravive pourtant les doutes. Grâce à sa cryptomonnaie, Facebook saura exactement ce que ses utilisateurs achèteront, et plus seulement sur quelles publicités ceux-ci ont cliqué. Ces données financières extrêmement précises auront donc davantage de valeur.


A propos de la libra 


La tentation de les utiliser à des fins commerciales risque d’être irrésistible, tant Facebook a montré une absence totale de scrupules dans ce domaine. Malgré les scandales, peu d’utilisateurs s’inquiètent de l’usage de leurs données par le géant de la tech. Et ils sont encore moins nombreux à le quitter pour ces raisons.

La libra constituera une concurrence bienvenue face à un secteur financier qui n’a pas pris la mesure de ce qu’internet avait à offrir, souvent pour protéger ses propres rentes de situation. Mais il faudra aussi surveiller de près comment Facebook et ses partenaires géreront nos données. Car Mark Zuckerberg n’a sans doute qu’un rêve: imiter le service WeChat du géant chinois Tencent.

Cette application est devenue si incontournable dans l’Empire du Milieu qu’elle héberge en son sein des centaines de micro-applications de santé, de transport ou de rencontre – plus besoin d’aller ailleurs sur internet. Une concentration de pouvoir et de données sans égale sur la planète qui doit faire envie à Facebook. La libra pourra rapprocher le réseau social de cette omniscience totale. A nous d’en être conscients.

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