Il était une fois

La libra, une utopie financière à Genève

OPINION. Choisissant Genève, l’association qui gérera la future monnaie lancée par Facebook dit avoir choisi de se connecter avec la communauté internationale, le système financier international et la société civile, rappelle notre chroniqueuse Joëlle Kuntz. Sauf que…

Genève, siège d’une future banque mondiale privée? Centre d’une monnaie digitale décentralisée? Théâtre de la dernière des utopies, financière celle-ci, après les utopies religieuse (Calvin), philosophique (Rousseau), politique (Société des Nations)? La ville, qui en a déjà beaucoup vu, accueille maintenant l’Association Libra dont la mission est ni plus ni moins de créer «une monnaie digitale globale et simple capable de répondre aux besoins financiers de milliards de personnes». Cette «libra» est basée sur la technologie de la blockchain dont on attend qu’elle facilite, simplifie et garantisse la sécurité des transactions à haute vitesse entre des milliards de comptes d’usagers numériques. Elle est adossée à un panier de monnaies stables et fortes, dont le dollar, l’euro et sans doute le franc suisse. Et elle est couplée à une réserve qui lui conserve sa valeur et sa convertibilité dans les monnaies locales.

Plus besoin de billets

Le promoteur de la libra est le puissant réseau social Facebook associé à 27 opérateurs digitaux ou financiers internationaux, les Uber, eBay, Spotify, Vodafone, Visa, PayPal, Mastercard et autres mastodontes de l’économie numérique présents ou à venir. L’idée est de désencombrer les transactions commerciales de tous les intermédiaires qui aujourd’hui les autorisent, les accompagnent et les surveillent moyennant commission. La force de frappe de cette association est virtuellement vertigineuse. Si la technologie de la blockchain permet de se débarrasser de toutes les couches de métiers qui séparent les vendeurs de leurs clients, elle permet également de se débarrasser de la banque centrale qui régule et contrôle la distribution de la monnaie légale. Une monnaie privée dont l’usage se répandrait affaiblirait peu à peu les pouvoirs des banques centrales au profit de pouvoirs privés. Dans les pays émergents, la concurrence pourrait être fatale à la monnaie nationale.