Aussitôt connu le résultat inespéré du référendum du 8 juin 1997, la question que tous se posent est celle du futur président de la candidature, tant il est tenu pour acquis que Gilbert Debons ne briguera pas ce poste. Ce dernier propose d'ailleurs avec son directeur exécutif de faire appel au conseiller fédéral Adolf Ogi, futur ministre des Sports. Mais les autres membres du praesidium ne sont pas d'accord et le font savoir à Berne et dans les médias.

Le lendemain du vote, René Burkhalter, le président de l'AOS (Association olympique suisse), rappelle aux sponsors réunis pour l'occasion qu'il sera un des décideurs pour cette présidence avec le canton du Valais, représenté par le conseiller d'Etat Wilhelm Schnyder, et la ville de Sion, désormais présidée par François Mudry. Ces trois institutions constitueront, avec la Confédération, les «porteurs» de la candidature.

Un mois de contacts effrénés et de multiples projets d'organigrammes aboutissent le 3 juillet 1997 à une réunion secrète des «porteurs» à Crans-Montana sous la présidence d'Adolf Ogi. Plusieurs personnes sont pressenties pour les postes du futur Comité et Wilhelm Schnyder est chargé d'obtenir leur accord définitif: Sepp Blatter pour la présidence, l'ambassadeur Edouard Brunner pour diriger l'international, Jean-Daniel Mudry pour la direction générale et Jean-Loup Chappelet comme directeur technique chargé du dossier.

Adolf Ogi se contente de la présidence d'un Comité national de soutien. Selon le chancelier de la Confédération, il ne peut présider la candidature à cause de la LOGA (Loi d'organisation du gouvernement et de l'administration) qui interdit aux conseillers fédéraux toute responsabilité dans un organisme à caractère économique. C'est pourtant le ministre des Sports qui annonce le nouveau comité, le 11 juillet 1997, au siège de l'AOS à Berne en l'absence de son président Sepp Blatter et de son coprésident Jean-Noël Rey, directeur général de La Poste, nommé à la dernière minute pour l'équilibre linguistique et politique valaisan.

La première préoccupation du nouveau directeur général est de compléter l'organigramme en nommant Jean-Pierre Seppey secrétaire général, le divisionnaire Dominique Julliand responsable des Paralympiques, Edwin Rudolf chef du marketing et Pierre Bonvin chef des finances, une fonction qu'il occupe déjà dans l'administration valaisanne. Fin juillet, l'ancienne conseillère nationale Gabrielle Nanchen accepte de s'occuper d'un nouveau département «développement durable» chargé de concrétiser la vision lancée lors de l'initiative. Jean-Loup Chappelet est désigné comme suppléant du directeur général.

Des statuts sont élaborés pour une AJOH (Association pour l'organisation des Jeux olympiques d'hiver), forme juridique retenue pour donner la personnalité morale au Comité de candidature (ce dont était dépourvu le Comité d'initiative malgré des dépenses dépassant les 4 millions!). La première assemblée générale de l'AJOH a lieu le 23 août. Y sont représentés les quatre «porteurs», les communes sites, les fédérations nationales de sports d'hiver et les sponsors de la candidature qui contribueront pour plus de 20 millions de francs en nature et en espèces.

Athènes bat Rome pour 2004

A peine créé, le nouveau Comité doit aller au front. La 106e session du CIO a lieu à Lausanne début septembre, notamment pour réélire le président Samaranch et désigner la ville organisatrice des Jeux d'été de 2004. Dans cette folle course où s'affrontent encore cinq villes, Athènes bat largement Rome grâce à l'aide de Jean-Michel Gunz qui travaille pour les Grecs depuis un an et qui rejoindra Sion 2006 comme conseiller à la présidence en novembre. Cette sévère défaite des Italiens engendrera un désir de revanche qui se concrétisera par la candidature de Turin, quelques mois plus tard.

Un poste important reste à pourvoir au sein du Comité: celui de responsable de la communication. Soutenue par Adolf Ogi, la journaliste et ancienne skieuse Thérèse Obrecht est intéressée. Elle suit la session de Lausanne. Mais elle renonce après une réunion houleuse du Comité au siège de la FIFA à Zurich, à la mi-septembre. Le coprésident Rey propose alors son camarade de parti Dario Robbiani, ancien directeur d'Euronews. Au début de l'automne, la candidature est prête à fonctionner. Son logo a encore une fois été légèrement modifié pour mettre en avant la marque «Sion 2006» au détriment du nom du canton qui soulignera finalement le Cervin.

Un problème apparaît d'emblée. Aucun des principaux dirigeants du Comité ne s'en occupe à plein temps. Le directeur général dit consacrer environ 15% de son temps au projet, en plus de son poste de divisionnaire. Les autres responsables ont aussi d'autres fonctions, sans parler des présidents qui sont très occupés, respectivement à la FIFA et à La Poste. D'ailleurs Blatter compte ouvertement sur Rey pour le remplacer pendant sa campagne pour la présidence de la FIFA qu'il a déjà commencée en catimini. Ce manque de disponibilité se révèle au grand jour lorsque ni les coprésidents ni le directeur général ne peuvent assister à une présentation importante du nouveau site proposé pour le village olympique.

Où construire les équipements?

L'été n'a, en effet, pas été perdu du point de vue du dossier puisqu'une commission municipale s'est penchée sur la localisation des divers équipements nécessaires aux Jeux à Sion. Pour l'initiative, tous ces équipements étaient situés dans le quartier des casernes, en particulier un projet de village olympique entièrement démontable qui avait été passablement critiqué car il ne laissait pas de trace urbanistique après les Jeux.

Les centres médias sont maintenus sur les terrains militaires de Petit-Champsec. Par contre, pour le village, l'architecte de la ville propose de considérer des terrains autour du cours Roger-Bonvin, une promenade piétonne aménagée sur la couverture de l'autoroute au sud de la ville, près du stade de football de Tourbillon. Un concours d'idées est lancé auprès des architectes valaisans. Il couronne en décembre 1997 deux projets qui sont regroupés en un seul par le bureau de John Chabbey et Michel Voillat. La localisation définitive de la patinoire olympique fait l'objet d'une sorte de psychodrame entre les municipalités de Sion et de Sierre, certains disposant d'un terrain inadéquat pour la construire entre les deux villes. Le site de Sion-Tourbillon est finalement confirmé, Sierre se rabattant sur la rénovation du site de Graben et/ou la construction d'une nouvelle patinoire.

En octobre 1997, le Comité désigne treize experts techniques pour préparer les différents chapitres du dossier de candidature. Une douzaine de mandats sont également attribués à des architectes et ingénieurs pour établir les plans des installations olympiques. Des rapports d'impact environnemental sont commandés pour chaque site. Les premiers résultats sont présentés lors d'une réunion du Comité de soutien peu avant Noël.

La direction générale et le bureau de l'AJOH se réunissent régulièrement. Mais le bureau n'est pas vraiment satisfait du travail de la direction générale. Lors d'une séance en janvier 1998, Jean-Noël Rey propose une réorganisation qui aboutirait à la marginalisation du rôle du directeur général. Sa mise en œuvre est reportée après les Jeux d'hiver de Nagano qui se déroulent du 7 au 22 février.

Sion se présente en force dans la ville japonaise. Sa nombreuse délégation porte une veste rouge vif voulue par Sepp Blatter qui ne fera pas le voyage. Son coprésident le remplace. L'Aide sportive suisse a réussi à louer un restaurant japonais jouxtant la place où sont remises les médailles. Elle le transforme en «Yama House of Switzerland» où viennent en masse des dîneurs japonais et un grand nombre de membres du CIO invités par la commission internationale qui fait du zèle. Lors d'une réception donnée par Adolf Ogi, le président Samaranch visite les lieux accompagné de plusieurs de ses lieutenants.

Les autres candidates sont plus discrètes. Turin, qui vient juste d'être préférée à Venise (avec le Frioul) comme candidate italienne pour 2006, fait ses premiers pas. Ses dirigeants ne seront nommés qu'un mois plus tard. Östersund a finalement dû renoncer faute du soutien du Comité olympique suédois fatigué par ses multiples candidatures successives (cf. chapitre 3). Elle aurait pourtant eu une meilleure chance que pour 2002. Deux mois plus tôt, à la surprise générale, les Autrichiens ont choisi Klagenfurt pour les représenter, au détriment de Kitzbühel et surtout de Salzbourg qui aurait été une candidate beaucoup plus redoutable pour Sion. Helsinki (Finlande), Poprad (Slovaquie) et Zakopane (Pologne) ont loué des salons d'hôtel. Sion est nettement favorite parmi les six villes qui se présentent aux suffrages du CIO.

Pendant que Jean-Noël Rey représente la candidature valaisanne à Nagano, se développe contre lui en Suisse une violente campagne de presse critiquant certains de ses actes à la tête de La Poste. Moins d'un mois après son retour, abandonné par son ministre de tutelle qui n'apprécie pas trop la candidature olympique, il doit démissionner de son poste de directeur général de l'ancienne régie. Le 13 mars 1998, lors d'une séance nocturne dramatique, il renonce à coprésider la candidature. Le lendemain, Adolf Ogi, flanqué de François Mudry et de Marc Hodler, annonce officiellement la nouvelle lors d'une conférence de presse tenue à l'occasion de la finale de la Coupe du monde de ski alpin qui se déroule à Crans-Montana.

Commence alors une période difficile où le Comité n'a plus ni coprésident ni président, ce dernier étant désormais totalement engagé dans sa course à la présidence de la FIFA. Sepp Blatter ne participe par exemple pas à la réunion des villes candidates organisée par le CIO au Musée olympique, le 26 mars. Pour l'équipe de Sion c'est l'occasion de rencontrer pour la première fois Evelina Christillin qui conduit celle de Turin. Le directeur général du CIO ouvre cette séance en rappelant que cinq villes sur les six présentes ne seront pas élues, et que toutes devraient donc se préparer à cette échéance en désignant un responsable à cet effet.

Un mois plus tard, l'AJOH entérine définitivement le choix des huit sites olympiques: quatre villes de la vallée du Rhône et quatre stations de montagne (y compris Saint-Moritz). Après moult discussions, Sierre a décidé de rénover la surface de Graben pour le hockey sur glace. La patinoire d'Ycoor à Montana est retenue pour le curling. Un slogan est adopté: «Les Jeux du cœur, au cœur des Alpes.» La candidature se présente à la réunion de tous les comités nationaux olympiques à Séville sous la houlette de François Mudry et Wilhelm Schnyder. Adolf Ogi y fait aussi une brève visite et est reçu par la commission exécutive du CIO.

Début mai 1998, les derniers éléments du dossier sont finalisés lors d'un séminaire de trois jours qui réunit tous ses contributeurs. Des états généraux du développement durable sont organisés qui aboutiront à l'adoption d'une charte par le gouvernement et le parlement cantonal. Des délégués de fédérations internationales sont reçus en Valais. Jean-Daniel Mudry est libéré de sa fonction de divisionnaire. Il peut enfin se consacrer à plein temps à Sion 2006. Il cherche rapidement un attaché de presse pour traiter quotidiennement avec les médias. Ce sera Jean-Raphaël Fontannaz, journaliste à l'ATS, qui reprendra progressivement tout le secteur communication. Le Comité sera dès lors dominé par la «bande des cinq Jean» (Jean-Daniel, -Loup, -Michel, -Pierre, -Raphaël).

Adolf Ogi succède à Joseph Blatter

Le 8 juin 1998, Sepp Blatter est élu à la présidence de la FIFA et tous attendent sa démission prochaine du Comité de candidature. Mais il hésite et écoute les conseils contradictoires des membres du CIO qui viennent assister à des matches de la Coupe du monde à Paris. Ce n'est qu'à la mi-juillet qu'une solution se dessine lors d'une réunion au sommet à Sierre. Blatter cédera sa place à Ogi, si le Conseil fédéral l'accepte, sinon à François Mudry. Mais le Conseil municipal de Sion refuse cette deuxième option quelques jours avant la demi-finale de la Fed Cup organisée au pied levé dans la capitale valaisanne à la demande de Martina Hingis.

Malgré les réticences de Pascal Couchepin, le Conseil fédéral, dans sa première séance après les vacances, autorise donc un des siens à présider la candidature pour les dix mois restants. Ce qui avait été refusé en juin 1997 devenait possible un peu plus d'un an plus tard. L'AJOH entérine ce choix le 29 août 1998. Le lendemain, une délégation du Comité se rend à Saint-Moritz pour commencer un relais en train, bus et bateau jusqu'à Lausanne pour une remise en fanfare du dossier de candidature au CIO, le 31 août 1998.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.