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Entrer et ré-entrer des codes de confirmation coûte cher en développement pour les entreprises et peut être stressant pour l’utilisateur.
© Damian Dovarganes/AP Photo

Innovation

L’identité numérique suisse est-elle soluble dans la paranoïa?

Le partage des rôles entre Etat et privé dans la mise en œuvre des futures e-ID continue d’inquiéter

Acheter son billet de train, commander un document administratif ou faire un virement en deux clics, sans devoir s’identifier à tout bout de champ, sans mots de passe à changer régulièrement, et sans codes de validation à usage unique à récupérer sur un téléphone dont la batterie parfois chancelle: qui n’a jamais rêvé de pouvoir naviguer plus tranquillement sur le Net, sans redouter une usurpation d’identité et sans manipulations supplémentaires?

C’est pour fluidifier et sécuriser les transactions sur la Toile que le Conseil fédéral s’est engagé dans la bataille de l’identité numérique, dont il a confirmé les modalités mercredi: au secteur privé de développer techniquement le produit et de le distribuer sur des téléphones portables, des cartes bancaires ou des clés USB, à l’Etat de fixer les règles, de choisir et de contrôler régulièrement les prestataires privés qui auront accès à nos données. Un partage des rôles qui n’a rien de surprenant en Suisse, déjà confirmé par le gouvernement, mais qui fait encore tousser.

L’Etat, un garant…

C’est la disparition d’une partie de la fonction régalienne de l’Etat qui inquiète les uns. «Quelle garantie que les privés qui seront associés à ce développement ne conserveront pas nos données pour un usage commercial? se demande par exemple le blogueur Grégoire Barbey sur sa page Facebook. Est-ce bien responsable de sous-traiter une activité aussi sensible?»

Avec ce constat: «Si la Confédération ne dispose pas des ressources pour développer son projet, c’est bien la preuve qu’elle a raté le virage du numérique il y a longtemps déjà…» «La Confédération est décidément une spécialiste de «l’outsourcing» (LAMal, Billag…). Une logique néolibérale qui est une aberration pour le domaine public», renchérit un de ses contacts. «L’idée est bonne, la méthode NON. Confier aux entreprises privées ce genre de données est lamentable et à haut potentiel de dérapages», complète un lecteur de 20 minutes. Auquel un autobaptisé Lucide fait cette réponse: «C’est marrant. J’utilise mon e-banking depuis dix ans et je n’ai jamais eu de hacker. Mon argent intéresse pourtant plus que mon identité… Allez voir ailleurs, les sceptiques…»

… ou un ogre?

Attention au secteur privé pour les uns, donc. Inversement, nombre d’internautes lui font plus confiance qu’à la puissance publique. «J’ai moins peur des hackers que de l’Etat fouineur, qui fait tout pour pouvoir nous contrôler et qu’on soit à sa merci en matière fiscale», écrit le bien nommé Big Brother, toujours sur le site de 20 minutes.

Le Tages-Anzeiger a reçu une avalanche de commentaires en ce sens. «Bientôt, l’e-ID sera requise pour chaque achat. L’Etat pourra ainsi suivre toutes nos transactions, nos mouvements. Et ensuite il y aura des CD avec toutes les données», se désespère ainsi une lectrice du Tagi. «Même pour un nouveau passeport il faudra une «e-ID». Et évidemment, plus de contrat de travail sans «e-ID».

«Ce qui sera offert à nouveau, c’est la surveillance pure. Et je n’ai pas besoin de ça», condamne un autre. Ce commentaire encore, bien drôle: «Puisque la proposition émane de Mme Sommaruga, j’ai d’abord supposé que le «e» de e-ID était pour Europe.» Des internautes plus avertis tentent de faire passer le message qu’en l’état actuel du projet en tout cas, ni l’Etat ni le fournisseur d’accès ne pourront avoir accès à aucun moment aux transactions. Mais l’inquiétude demeure.

Lire aussi: L’identité numérique, un chantier miné

Le mot de la fin revient sans contestation possible à un Mr Jack, lecteur de 20 minutes et probable admirateur de Michel Audiard: «Quand je vois les commentaires, je me dis que c’est compliqué d’avancer avec des gens qui ont le rétroviseur plus grand que le pare-brise.» 

Pour aller plus loinLa loi sur la protection des données est jugée trop molle

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