C'est le président en charge Barack Obama qui a ouvert, si l'on ose dire, jeudi les hostilités, en décidant d'expulser 35 diplomates russes du territoire américain. En guise de représailles à des actions de hacking de la campagne présidentielle américaine, imputées aux Russes.

Vendredi, le Kremlin réagissait en plusieurs temps, comme dans une fine partie de poker, avec, au final, un président Poutine déclarant ne pas vouloir répliquer immédiatement à la décision du président en charge des Etats-Unis.

Pris dans ce feu de tirs croisés, le président élu, Donald Trump, n'a pas manqué de donner, lui aussi de la voix: sur Twitter, évidemment, où il se félicite de la sage et intelligente décision de Vladimir Poutine:

«Bien joué (de la part de V. Poutine) sur le report - J'ai toujours su qu'il était très intelligent!». Le message, nous apprend le New York Times, a immédiatement été retweeté par l'ambassade russe à Washington.

Une ambassade qui retweetait également les regrets du consulat russe de San Francisco, touché de plein fouet par les mesures d'expulsion du président Obama:

Pareil va-et-vient n'a évidemment pas échappé à la presse américaine qui commente largement, depuis vendredi, la position prise par Donald Trump dans cette affaire.

Le Washington Post rappelle ainsi que la relation Trump/Poutine est certes frappée au sceau  d'une admiration mutuelle dirigée par le sens des réalités, mais tiendra-t-elle réellement le choc de la réalité?

La chorégraphie du Kremlin

Le Washington Post évoque ceux qui en doute fortement, taxant Donald Trump d'ingénuité et d'incompréhension des ressorts complexes des relations entre les Etats-Unis et la Russie. Mais le journal évoque aussi ceux qui considèrent que Donald Trump, avec son analyse pragmatique des intérêts des deux parties, saura ménager de nouvelles perspectives prometteuses aux relations américano-russes. Tous les observateurs s'accordent néanmoins à penser que le premier instant de vérité viendra à l'heure où le Congrès devra, fin janvier, confirmer le choix du secrétaire d'Etat, Rex Tillerson, dont on connaît les tropismes particulièrement favorables à la Russie.

Au Wall Street Journal, on insiste sur la «chorégraphie» très spécifique qui guide le Kremlin dans sa réponse à Barack Obama et son message lancé à Donald Trump. En ce sens, le tweet encourageant du président élu leur laisse augurer du  meilleur. N'était, souligne cependant le quotidien des affaires, l'effervescence des sénateurs américains, démocrates comme républicains, à mettre en garde Donald Trump contre la duplicité et la malice russes. Il relate ainsi cette position d'un membre du comité des affaires étrangères, le sénateur démocrate Bob Menendez: «M Trump peut dire toutes les gentillesses qu'il veut, cela ne va pas changer les efforts de Vladimir Poutine de vouloir sa Grande Russie. En ce sens, Donald Trump rencontrera un Sénat qui est très résolu dans ses positions et qui, le cas échéant, pourra agir indépendamment de ce que décidera l'exécutif». Ambiance...

Des faucons républicains commencent à mollir

Une ambiance que nuance le Washington Post qui remarque tout de même qu'un certain nombre de Républicains commencent à devenir prudent dans leur critique à l'endroit de Donald Trump: «Au Congrès, beaucoup de Républicains qui ont plaidé dans le passé pour des sanctions dures à l'endroit de la Russie, sont restés silencieux ou vagues quant aux sanctions d'Obama et aux déclarations de Trump».

Donald Trump prend-il «un risque énorme»?

Le New York Times, enfin, se pose ouvertement la question de savoir si les manifestations d'admiration mutuelle de Vladimir Poutine et Donald Trump vont ouvrir une nouvelle ère dans une série de dossiers où les relations des deux pays sont actuellement en délicatesse (Syrie, Ukraine, Crimée, Moyen-Orient, le futur de l'ONU et le développement des armements nucléaires). Et si tel était le cas, s'il est bien judicieux de manœuvrer si loin et si vite en direction de la Russie. Est-il besoin d'ajouter que le New York Times, qui n'est pas spécialement favorable à Donald Trump, voit dans cette manœuvre un risque énorme pour le président élu?


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