Un argument fréquemment donné en faveur de l’utilité du bitcoin serait la facilité avec laquelle il permettrait de régler des transactions pour un très faible coût et très rapidement.

Pour le néophyte, le contraste est alors saisissant avec les témoignages dans la presse d’obstacles auxquels certains utilisateurs sont confrontés. Pour les comprendre, il faut bien distinguer trois types de transaction:

  • celles utilisant uniquement le réseau Bitcoin;
  • celles liées à un compte ouvert sur une plateforme d’échange;
  • et enfin celles réalisées à partir du Lightning Network apparu récemment.

Un traitement lent

A l’intérieur du réseau Bitcoin, en restant fidèle à ses principes fondateurs de décentralisation (premier cas de figure), le temps pour réaliser une transaction dépend du nombre de transactions qui sont engagées à ce moment-là. La limite du bitcoin est qu’il ne peut traiter plus de dix transactions par seconde alors que le réseau Visa permet 3500 transactions par seconde et Mastercard, 2000. Il s’ensuit que le traitement de la transaction peut être très rapide (dix ou vingt minutes) si le réseau Bitcoin est peu chargé et à l’inverse très lent si le réseau est congestionné. La durée la plus longue a été observée en décembre 2017 quand il a fallu jusqu’à 2322 minutes; un mois plus tard, une demi-heure suffisait… Dans des cas extrêmes, la transaction peut ne jamais être exécutée si le réseau est congestionné ou si la commission proposée pour réaliser la transaction est trop faible.

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Il est important de noter que le montant de la commission que l’émetteur d’une transaction lui associe (montant au bénéfice de ceux qui, via leur machine, valident automatiquement l’opération) joue un rôle capital dans la vitesse d’exécution de la transaction et peut même conduire si elle est trop faible à ce que la transaction ne passe jamais. Ce coût a dépassé 50 dollars le 28 avril 2017 et le 11 avril 2021 alors qu’il était inférieur à 2 dollars en avril 2022. Il convient ici de rappeler qu’à l’intérieur du réseau Bitcoin le coût d’une transaction n’est pas proportionnel au montant de la transaction, mais totalement libre. Il s’ensuit que pour des transactions de faibles montants, ce système est totalement inadapté alors que, à l’inverse, il se révèle très avantageux pour ceux et celles qui pourront réaliser, ainsi pour un faible coût et très rapidement, des opérations de montants considérables.

Le défi des plateformes

Le deuxième type de transaction en bitcoins se fait à partir d’un compte ouvert sur une plateforme d’échange (ces plateformes sont des sortes de banques pour cryptomonnaies qui s’occupent pour leurs clients de lancer les transactions sans qu’ils aient eux-mêmes à gérer les clés de leurs comptes). A priori, ces milliers de plateformes en concurrence les unes avec les autres sont faciles à utiliser. Les transactions y sont réalisées le plus souvent en quelques dizaines de minutes.

Il y a cependant des exceptions aux conséquences fâcheuses. Certaines plateformes d’échange ont connu des dysfonctionnements techniques, et même de nombreux cas d’escroquerie. La plateforme se bloque alors et le spéculateur ne peut pas réaliser la transaction qu’il souhaite. D’où une perte par rapport au gain anticipé. Un autre cas, provoquant des pertes beaucoup plus importantes que celles liées à un dysfonctionnement technique temporaire, est un problème récurrent depuis que ces plateformes existent: des dizaines ont cessé subitement de fonctionner et les fonds déposés ont disparu. Ceux qui leur avaient confié des avoirs en cryptos se sont alors trouvés dans l’incapacité de les récupérer. Dans de telles situations, aucune garantie légale n’est apportée à la protection des déposants du fait de l’absence d’une réglementation précise et les plateformes elles-mêmes ne s’engageant pas à compenser ces pertes. On peut remarquer que cet usage d’un tiers de confiance (en l’occurrence une plateforme) est contraire à l’idée même des cryptoactifs dont la sécurité est assurée par la décentralisation que procure l’utilisation d’un registre recopié sur une multitude de machines différentes (technologie des chaînes de blocs).

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La solution miracle?

Un troisième type de transactions a été développé depuis 2018 par le Lightning Network. Il s’écarte aussi du fonctionnement du système Bitcoin dont la caractéristique mise en avant est d’être totalement décentralisé et de mémoriser de manière redondante toutes les transactions pour les sécuriser. Le Lightning Network permettrait avec une grande rapidité et un faible coût de réaliser de microtransactions. Il pourrait potentiellement autoriser jusqu’à 25 millions de transactions par seconde.

On peut se demander, s’il est/était la solution miracle, pourquoi son usage ne s’est pas déjà spontanément largement répandu. Or il ouvre la porte à une multitude de dysfonctionnements. Son problème est que ce système ne fonctionne pas directement sur une blockchain. C’est une deuxième couche par rapport à la blockchain Bitcoin, qui renonce à la redondance de la mémorisation des transactions élémentaires et au contrôle multiple par un grand nombre de validateurs indépendants au cœur du fonctionnement du réseau Bitcoin.

Au-delà des variations de son cours et de son coût énergétique, il y a échec du bitcoin. Les transactions directes sur le réseau qui devraient être les seules sont soumises aux aléas du montant des commissions et sont limitées à moins de 10 par seconde. Celles via des plateformes d’échange ou de Lightning Network contreviennent aux principes des réseaux décentralisés utilisant la technologie des blockchains.

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