George Bush ne savait pas. Pendant des centaines d'heures, la CIA avait enregistré les séances d'interrogatoire de celui qui est présenté comme l'un des grands recruteurs d'Al-Qaida, Abou Zubaydah. Puis elle a décidé de détruire les bandes qui montraient sans aucun doute qu'il avait été torturé dans sa cellule. Mais le président des Etats-Unis, celui qui a pris en main depuis sept ans le commandement de la guerre contre la terreur, «ne se souvient pas» d'en avoir été informé.

Au sujet de l'Iran non plus, George Bush ne savait pas. Tous ses services secrets s'étaient mis d'accord pour considérer «avec un haut degré de certitude» que l'Iran avait décidé, il y a plusieurs années, de renoncer à son programme d'armement nucléaire. Mais il l'avait appris tout juste quelques jours avant le grand public. Personne n'avait pris la peine de le tenir au courant plus tôt.

Si le président américain était en lice pour les élections de l'année prochaine, il se tiendrait sans doute mieux informé. Mais, alors que l'issue du scrutin est encore éloignée d'un an, il commence à flotter un sérieux parfum de fin de règne à Washington. Devenu un «canard boiteux» minorisé dans les deux Chambres, Bush a tout à gagner à ne pas trop insister sur les questions qui ont fondé l'essentiel de son discours et de sa politique durant des années mais qui l'ont conduit de catastrophe en désastre. Cette semaine, les parlementaires ont accepté son budget prévoyant 70 milliards de dollars pour continuer de financer les guerres d'Irak et d'Afghanistan. La lutte a été bien moins dure que prévu. Un peu comme si elle était déjà considérée comme faisant partie du passé.

La situation en Irak semblant s'améliorer (pas nécessairement de manière durable, préviennent les spécialistes), on se souvient lors des vœux de Nouvel An qu'il y a une autre guerre en cours, en Afghanistan. On se souvient aussi du Proche-Orient, laissé à l'abandon pendant des années et remis sur le tapis à Annapolis. George Bush fera une visite à Jérusalem et à Ramallah en janvier. Il profitera de l'occasion pour passer par les pays du Golfe et par l'Egypte. Encore trop tôt pour qu'il s'agisse à proprement parler d'une tournée d'adieux. Mais bien trop tard pour sauver sa présidence, brouillée désormais par des inexplicables lacunes de communication...

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