Charivari

La Ligue du LOL, le dragon Facebook ne doit pas être décapité

La Ligue du LOL, cette entreprise de démolition par le web, a été infâme. Ce n’est pas une raison pour tuer le réseautage, nuance notre chroniqueuse qui, en matière d’attaques ciblées, sait de quoi elle parle

On est d’accord, la Ligue du LOL a été une infamie. Pendant plusieurs années, de brillants journalistes ont utilisé leurs outils de travail, le verbe et la technologie, pour mener de véritables entreprises de démolition à l’encontre de collègues, souvent des femmes, fragilisés. Avec ce clan de coqs parisiens, on se situe au-delà de la moquerie des petits marquis de Molière. Celle qui est dénoncée dans Le misanthrope quand Célimène se paie la tête des maillons faibles de la cour et ravit ainsi un public ridicule de rieurs assis.

Avec la Ligue du LOL, on découvre, effaré, un cyberharcèlement organisé et pénalement condamnable. Sauf qu’il y a prescription, puisque les faits se sont déroulés il y a plus de six ans… La punition passe (à la trappe), mais, comme dit Le Temps, la nausée reste. Et il ne serait pas du tout scandaleux que ces journalistes qui ont sali le métier perdent le droit d’exercer.

Oui au débat

Mais cette triste affaire ne doit pas, une fois de plus, nuire aux réseaux sociaux qui permettent une diffusion de l’information et de vrais débats d’opinion. Quand un homme tue sa femme à coups de couteau, on ne retire pas les couteaux de la circulation. De plus en plus d’utilisateurs ferment leur compte Facebook heurtés par la méchanceté et la vulgarité des commentaires, en plus d’être incommodés par le trafic des données.

Certes, l’effet de groupe ne favorise pas les attitudes les plus nobles. On sent, parfois, l’ivresse d’une formule qui blesse, le pointu d’un post qui tue. Et alors? Moi-même qui suis souvent l’objet de retours musclés suite à mes articles, je ne souhaiterais pas brider le flux de réactions. Déjà, parce que je m’attarde plutôt sur les contributions qui apportent une vraie plus-value au débat. Surtout, parce qu’on a repéré pour moi les petits marquis et petites marquises qui, quoi que j’écrive, se font un malin plaisir de m’allumer. Du coup, j’évite de lire leur prose forcément faisandée. Quand on s’expose, il faut savoir se protéger.

Fin des pseudos?

Cela dit, comme toute innovation, le réseautage doit s’affiner au fil de son évolution. Les coqs de la Ligue du LOL l’ont tous dit et répété en guise de mea culpa: ils n’ont pas mesuré la gravité de leurs clics ravageurs – en même temps, quand on réalise un photomontage pornographique, il semble que le temps soit assez long pour la réflexion… Je suis arrivée tard sur Facebook et uniquement pour des raisons professionnelles. Garder cet outil (et Twitter, Insta, etc.) comme lieu d’information et de discussion transparentes, donc sans pseudo, me semble être la bonne solution pour éviter toute entreprise de démolition.


Chroniques précédentes:

Publicité