Il y a comme un défaut d’impression en haut à droite de cette couverture de L’Illustré du jour dont rien, à prime abord, ne laisse deviner ce qu’on appelle une «nouvelle formule» dans le jargon médiatique. Ce n’est que de la fumée. Ou plutôt quelques flocons de vapeur dégagés par une e-cigarette, cette nouveauté à la fois contestée et pleine d’espoir pour les fumeurs invétérés.

Les changements graphiques de l’hebdomadaire le plus lu de Suisse romande – 349 000 lecteurs, selon l’étude MACH Basic 2013/2 du 17 septembre, à propos du Magazine L’illustré (@Lillustre) sur Twitter, sont à vrai dire à peine perceptibles pour un œil peu exercé. Mais ils apportent quelque densité supplémentaire, de la clarté, de la propreté, du classicisme, de la lisibilité en réduisant le tapage.

Car il s’agit de ne pas les perdre, ces fidèles, qui se renouvellent de génération en génération. A l’instar de votre serviteur, qui se souvient encore, au tréfonds de sa mémoire, de la couverture du magazine:

Celui-ci était toujours sagement posé sur la table du salon de sa grand-mère. C’était il y a presque 50 ans. On venait d’assassiner un président qui fascinait le monde entier. Poids des photos, choc des images. JFK buté, Jackie en pleurs.

En immersion

Le nouveau déroulé du magazine édité à Lausanne par Ringier * est plus spectaculaire, avec un reportage en immersion (sur le typhon philippin), plus une interview intime «et surprenante», celle de Bastian Baker, dont le joli visage souriant et consensuel-mais-pas-trop orne aussi la couverture pour dire qu’«à 18 ans», ce jeune homme a «pété les plombs». Michel Jeanneret, son rédacteur en chef depuis 2010, justifie ainsi ce choix dans son éditorial: «Ces dernières années, les médias sociaux ont provoqué quelques révolutions. On dit qu’ils ont facilité certains soulèvements citoyens, mais la lame de fond se situe probablement à l’échelle individuelle, à travers l’émergence d’une nouvelle sociabilité et d’un regain d’intérêt pour la sphère privée des gens. Cette intimité, L’Illustré compte l’exploiter dans tout ce qu’elle a de précieux et d’informatif.»

En plus d’une partie «société» plus développée (dite «novatrice»), on découvrira deux guides hebdomadaires, le premier dédié aux questions de santé ou de loisirs, le second – «Plaisirs» – pour les tendances: mode, beauté, cuisine, bagnoles et culture. A quoi s’ajoutent une grille minimaliste des programmes TV et le traditionnel reportage en images qui clôt l’édition. Celui-ci est consacré, cette semaine, au sympathique ours couleur crème du Canada, dont le pelage a subi une très rare mutation génétique à partir du brun. Sans oublier les suppléments web, dont certains sont réservés en accès gratuit pour les seuls abonnés de la version imprimée.

Photos et «people»

De nos jours où la presse écrite se bat comme une diablesse pour parer aux baisses de recettes publicitaires et répondre au défi des nouvelles habitudes de lecture (numériques), chaque titre se vante la plupart du temps de posséder son «ADN». Autrement dit, son identité, son profil, son créneau, sa niche. L’acide désoxyribonucléique – ce qui a fait sa réputation, donc – de cet Illustré bientôt centenaire, revendique Jeanneret, c’est d’abord ses photos – son titre l’indique –, parfois panoramiques, et sa couverture des people romands. Mais aussi internationaux.

A cela s’ajoute un décryptage en chiffres d’un thème d’actualité: cette semaine sur la famille en Suisse avant la votation de l’initiative UDC le 24 novembre prochain, où l’on apprendra par exemple que «655», en francs, c’est le coût de consommation par mois d’un enfant dans une famille de quatre personnes.

Nina, le serpent

Au-delà, le magazine veut aussi renforcer l’approche des reportages en immersion, qui suscitent quelques jalousies parmi les confrères: «Nous sommes le seul média de presse écrite qui a encore les moyens de passer plusieurs semaines sur un reportage», relève Jeanneret. Et quoi d’autre? Le shooting glamour. On inaugure la formule avec la contorsionniste bernoise du cirque Knie, Nina Burri, qui «a l’agilité du serpent et un regard hypnotisant». Très beau, très beau…

Mais, dans le fond, pas aussi beau que cette philosophie de vie que l’on déniche en page 23, à propos de «Stan the Man»: «A Londres, il dénonce le coaching de Toni Nadal puis offre une bonne bouffe à Rafa dont la victoire sur Berdych le qualifie pour la demi-finale. Sur les réseaux sociaux, ses commentaires et ses photos, qui mettent souvent en scène une figure de Homer Simpson, font le régal des suiveurs. A Monte-Carlo, au printemps, les spectateurs du très chic country-club avec vue sur la mer découvrent une citation de Samuel Beckett tatouée à l’intérieur de son avant-bras gauche. «Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better.»

Qui s’en serait douté auparavant?

* Actionnaire du TEMPS SA à hauteur de 46,23% du capital.

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