On peut appeler cela le vent de l’histoire: la voiture est désormais traquée à la façon des fouines et renards dans une ville comme Lausanne, qui vient de décider d’ajouter l’automobiliste à la liste des nuisances nocturnes. C’est en effet la tranquillité du sommeil des citoyens qui sert de socle à la mesure décidée par la municipalité rose-verte: une limitation générale de la vitesse à 30 km/h, entre 22h et 6h. La ville souhaite ensuite, si possible encore durant cette législature, étendre sa décision à l’ensemble de la journée.

Lire aussi: Lausanne passe en zone 30 la nuit

Lausanne se met ainsi au diapason de grandes cités, comme Paris, qui vont dans ce sens, et tire sa logique d’un constat désormais admis par de larges couches de la population: la voiture, qui fut longtemps reine en ville comme ailleurs, est désormais machina non grata. Polluante, dangereuse, bruyante, individualiste par nature, électrique ou non: elle ne représente en tout cas plus le symbole de liberté qu’elle fut jadis.

C’est, à l’évidence, plutôt une bonne nouvelle. Rouler moins vite, avec moins de nuisances, au point de se demander si marcher ou prendre les transports publics ne serait pas une meilleure solution: tout va dans le sens d’un heureux décongestionnement des centres-villes. Une solution symboliquement forte pour le climat, au moment où les choses sont bloquées au niveau fédéral.

Mais cela n’empêche pas les questionnements. Le premier réside dans cette phase expérimentale où les conducteurs devront faire sans doute très attention à leur compteur. Car on a beau raconter l’habituelle fable de l’indulgence, elle sera inexistante. Via Sicura fera son œuvre, et une inattention, même dans une rue vide à 3 heures du matin, vaudra vite au fautif l’addition du délit du chauffard et d’une amende salée. Elle tombera à point pour combler un peu le trou en forme de gros nid-de-poule des actuelles finances lausannoises.

Enfin, il faudra aussi repenser le rôle et l’accessibilité d’une capitale comme Lausanne. Certes, nous vivons un moment de réglage, un changement d’époque, et la construction d’un nouveau tramway à l’ouest de la ville manifeste une bonne intention, mais elle prendra encore des années avant de déployer ses bienfaits. En attendant, l’idée d’un «Lausanne aux Lausannois» semble sous-tendre la politique de mobilité municipale, tant on semble vouloir décourager par ce frein sur la ville ceux qui souhaitent s’y rendre en voiture. D’où les inquiétudes légitimes des restaurateurs et commerçants, qui voient sacrifiée une part de leur clientèle sur l’autel sacré du «mieux-vivre ensemble». Un débat ville-campagne qui se pose dans toutes les grandes agglomérations du pays.


Retrouvez tous les éditoriaux du «Temps».