Editorial

Les limites d’une Chine conquérante

Evoquer le scénario d’une troisième guerre mondiale pour un échange radiophonique entre un pilote américain et un garde-côte chinois, en pleine mer de Chine du Sud, a quelque chose d’absurde. Il s’est pourtant trouvé des voix, tant du côté chinois qu’américain, pour le faire ces jours-ci. Et s’il y en a, ce n’est pas que par goût de la provocation. Dans cette région, se joue bel et bien une partie des plus délicates: l’ajustement de l’unique superpuissance face à son principal challenger. C’est là que le passage de témoin d’une pax americana à une pax sinica pourrait s’opérer. Rien de moins.

A la fois enivrés par leurs succès économiques et acculés à justifier devant leur peuple un pouvoir sans partage, les dirigeants chinois sont tentés de passer à la vitesse supérieure pour établir leur nouveau statut de grande puissance. Dans une logique de sphère d’influence, Pékin marque son territoire sur son pourtour maritime, dans des eaux dont la souveraineté est disputée par l’ensemble des pays voisins. Face à ces velléités, les Etats-Unis sont appelés par leurs alliés de plus ou moins longue date à assumer leur rôle de contrepoids face à une Chine qui n’hésite plus à affirmer ses prétentions sur la foi de cartes sans valeur du point de vue du droit international.

Le risque d’un dérapage, entraînant un conflit mondial, est donc bien réel. Mais il est à vrai dire encore lointain. Le piège tendu par les faucons de chaque camp, grossissant la menace réciproque, est grossier. A vrai dire, la relation sino-américaine est bien moins détériorée que pourrait le faire croire l’éruption de ces derniers jours.

La Chine voudrait-elle défier militairement les Etats-Unis qu’elle ne serait pas en mesure de le faire. Xi Jinping le sait trop bien, lui qui peine à mettre de l’ordre dans son armée. Le développement économique reste par ailleurs la priorité des Chinois. Et pour cela, ils ne peuvent se passer des Etats-Unis.

Barack Obama l’a bien compris. Il est parvenu jusqu’ici à établir un certain équilibre dans sa relation avec Pékin entre engagement et mise en garde contre une remise en question unilatérale des traités internationaux. Si les deux puissances sont destinées à s’entrechoquer, du fait de leur poids, rien n’indique que tout accommodement est devenu impossible. Sur les grands enjeux comme le climat, mais aussi l’ouverture du commerce, les deux pays privilégient la coopération.

Et comme le dit Pékin, le Pacifique devrait être assez grand pour deux géants.