Alors, Donald Trump ou Joe Biden? «Too close to call», répètent les médias américains au lendemain de l’élection présidentielle alors que les deux candidats à la Maison-Blanche sont au coude à coude. Courrier international a sélectionné le meilleur de la presse américaine et internationale pour décrypter ce non-résultat. «C’est le scénario redouté qui semble s’écrire […]: une élection présidentielle trop serrée pour livrer un dénouement rapide. Alors que les derniers bureaux de vote ont fermé leurs portes à 5 heures (heure suisse), ni vague bleue en faveur de Joe Biden ni vague rouge en faveur de Donald Trump, mais de premiers résultats fidèles à la géographie électorale américaine.»

La côte Ouest acquise au démocrate et le sud du pays favorable au républicain. Comme en 2016, c’est dans les Etats industriels du Nord que le résultat final sera décidé… et cela pourrait prendre plusieurs heures voire plusieurs jours…

En Chine, l’éditorial du très officiel Global Times parle de «fanatisme politique»: «Les Etats-Unis se sont dans une certaine mesure dégradés. Ils ont ignoré les règles de la communauté internationale. Tout a été orienté vers la maximisation des intérêts américains. Leur égoïsme s’est répandu tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. […] Les mensonges dominent, la ligne de valeurs a été violée, et la fin justifie tous les moyens.»


Résumons, avec le commentaire du Devoir. On est «dans la marge d’erreur». «Sous quels cieux politiques et dans quel état d’esprit» se réveilleront les Américains ce mercredi matin? «Les «Blancs sans diplôme»? La communauté noire et les électeurs latinos? Les personnes âgées? Les «femmes de banlieue»?» […] M. Trump aura-t-il réussi à remobiliser ses soutiens in extremis? En Floride, les retraités, qu’on disait refroidis à son égard pour cause de gestion incompétente de la pandémie de coronavirus, ne l’ont pas déserté, de toute évidence. Où sont ensuite passés tous ces républicains modérés que Biden croyait rallier à son référendum anti-Trump?»

C’est «une soirée électorale qui en dit long sur la faiblesse du leadership démocrate – et sur un parti coupable depuis longtemps d’indifférence à l’égard de la classe moyenne pour les dommages sociaux induits par la mondialisation et la désindustrialisation, écrit le quotidien montréalais. […] Que Donald Trump perde finalement et son expulsion provoquerait un grand ouf! planétaire. Il n’en demeure pas moins que le risque d’une présidence Biden serait qu’on attende en vain qu’il trouve la détermination d’appliquer les réformes sociales, économiques, sanitaires et environnementales dont les Etats-Unis ont si cruellement besoin, de la même manière que l’on a attendu en vain que Trump se montre enfin présidentiel.»

Et de poursuivre: «Il n’y aura pas dans l’immédiat de fumée blanche nous annonçant l’élection du prochain président. Telle est la dynamique électorale que le cauchemar qu’a été M. Trump pourrait durer encore quatre ans. Les temps qui viennent sont impossibles à scénariser.» Alors peut-être vaut-il encore mieux en rire:


A Munich, dans la Süddeutsche Zeitung, un commentateur écrit que «la question se pose de savoir si l’élection directe du président américain par le peuple serait en fait préférable. Historiquement, géographiquement et sociologiquement, les Etats-Unis sont un pays complètement différent» des autres pays fédéraux européens, comme l’Allemagne ou la Suisse. «Le fédéralisme aux Etats-Unis n’est pas seulement un supplément facultatif, mais une obligation: le monde est trop différent à New York et au Wyoming, en Californie et au Nebraska, et les dirigeants de Washington sont trop éloignés des problèmes des éleveurs du Montana. Les Etats-Unis n’auraient jamais existé sans un engagement clair en faveur du fédéralisme, de la prise de décision locale. C’est permis, cela doit également se refléter dans le système électoral.»


A 8h30, Donald Trump a déclaré «sa victoire de façon prématurée» pour Femina.
«Durant une prise de parole, l’actuel président a résumé les résultats provisoires annoncés durant la soirée, sous des valses d’applaudissements. «Il ne pourra pas nous rattraper», déclare-t-il, persuadé que la victoire est proche. «Nous allons gagner cette élection et, à ce que je vois, nous l’avons déjà gagnée», ajoute-t-il, avant de remercier ses équipes et son vice-président, comme s’il avait effectivement été réélu de manière officielle. Or, ce n’est pas du tout le cas: la victoire n’est pas encore assurée, le résultat final n’est pas encore connu.»


A minuit sur la côte Est des Etats-Unis (6 heures en Suisse), «Donald Trump et Joe Biden étaient au coude à coude, sans clair avantage pour le président sortant ou son adversaire démocrate. Mais la victoire quasi assurée de Donald Trump dans l’Etat clé de Floride a douché les espoirs d’un éventuel raz-de-marée pour Joe Biden», écrit Courrier international. «Les démocrates qui espéraient une victoire nette et rapide pour Joe Biden en sont pour leurs frais. Les électeurs américains s’avèrent plus divisés que jamais, et la bataille pour la Maison-Blanche sera extrêmement serrée. Désormais, tous les yeux sont rivés sur les Etats clés», observe le Washington Post.

Joseph Waldstein, ex-attaché de presse de la Commission européenne, s’interroge dans une tribune publiée dans la Wiener Zeitung sur l’attitude que l’UE devra observer tant que l’issue du scrutin sera en suspens, tribune repérée par le site Eurotopics.net. «Devrons-nous reconnaître Trump comme président légitime s’il revendique la victoire» aujourd’hui? s’interroge-t-il. Et «quel comportement adopter en cas d’explosions de violence entraînant des violations des droits de l’homme»?

Sa réponse: «L’UE ne devrait pas agir dans la précipitation et ne reconnaître un vainqueur qu’une fois que le dépouillement aura été achevé et qu’un des deux candidats aura reconnu sa défaite. Si l’on en arrivait à une contestation devant la Cour suprême, il faudra attendre son verdict, puis le reconnaître. L’UE devra clairement condamner les poussées de violence, le cas échéant. Si aucune solution ne se profilait pendant des mois, elle devrait au moins se proposer comme médiatrice.»


A 8h15, «tout indique que le résultat de l’élection sera serré. Le fameux «mur bleu» du Midwest qu’Hillary Clinton a perdu en 2016 s’annonce encore une fois comme la région où va se décider l’élection. Trump s’y révèle d’une résilience surprenante, indique le Journal de MontréalTout le monde s’attendait à ce que Biden fasse beaucoup mieux qu’Hillary Clinton pour ce qui est du vote populaire. Ça ne semble pas se réaliser.» Le coude-à-coude se poursuit:

Alors, faut-il penser comme le romancier pakistanais Mohammed Hanif, cité par Courrier international, que «tous les présidents des Etats-Unis se valent et que Trump n’a pas été pire que les autres dans sa propension à commettre des dégâts partout dans le monde»? En fin de compte, «a-t-il été si terrible que cela depuis son installation à la Maison-Blanche? Certains Américains disent «qu’il est malade, qu’il est fasciste, qu’il est la parodie grotesque de ce que doit être un président». Mais en réalité, «dans un monde dirigé depuis longtemps par des présidents américains, il n’est pas très différent des autres présidents que nous avons connus au cours du dernier demi-siècle», observe-t-il dans une tribune publiée par le Guardian.


A 7h10, Trump remporte l’Etat du Texas, bastion républicain disputé. Il accuse un retard de dix grands électeurs sur Biden. «Nail-biter election is done to the wire», dit CNN: c’est effectivement «à s’en ronger les ongles», ce suspense. Trump is «chipping away», il grignote, enchaîne USA Today, dans la même veine métaphorique masticatoire. La Floride et l’Iowa sont tombés dans l’escarcelle trumpienne, Biden remporte le Minnesota, annonce le New York Times. Biden: 224; Trump: 213. Objectif: 270.

«Les champs de bataille étant indécis, l’élection présidentielle semble se diriger vers un décompte prolongé», écrit le Los Angeles Times. Le fort taux de participation «reflète un sentiment d’urgence», à l’ombre «de la pandémie mortelle, de l’effondrement économique et du débat sur la justice raciale». Twitter met maintenant en garde ses utilisateurs contre un message potentiellement «trompeur» de Donald Trump, dans lequel il accuse ses rivaux démocrates d’essayer de «voler» l’élection présidentielle:

«Parce qu’il estime «terrible» de ne pas pouvoir connaître les résultats le soir même de l’élection, relaie Heidi.news, Donald Trump pourrait déclarer sa victoire» très vite. «Pour autant qu’il constate une avance, explique le site Axios.com, basé dans le comté d’Arlington, en Virginie. Il a été fondé en 2016. Son nom est basé sur le grec: ἄξιος, qui signifie «digne». Ce, «même si le résultat du Collège électoral dépend toujours d’un grand nombre de votes non comptés dans des Etats clés comme la Pennsylvanie. «Je pense que c’est une chose terrible lorsque les Etats sont autorisés à comptabiliser les bulletins de vote pendant une longue période après la fin de l’élection», a déclaré le républicain, qui voit dans ce comptage tardif un signe de fraude électorale.»


Vers 6h15 ce matin en Suisse, on peut dire que le président américain sortant, le républicain Donald Trump, a remporté dans la nuit de mardi à mercredi l’Ohio, un des Etats très disputés, qui était susceptible de basculer dans le camp des démocrates, selon les chaînes de télévision Fox News et NBC, ce qui réduit considérablement son retard sur son rival, Joe Biden, désormais crédité de seulement 17 points de plus, selon des projections, qui restent cependant contradictoires, voire orientées. La première donne également Trump vainqueur au Texas et en Floride.

Mais Le Figaro live prédit «des contestations», «une bataille psychologique». «Nous ne les laisserons pas faire», vient de déclarer le tycoon, qui parle d’un «Big Win». Autant donc dire que les jeux ne sont pas faits (lire notre fil d’actualité en continu). Comme on peut le lire sur le site Eurotopics.net, «la fébrilité est à son comble aux Etats-Unis» quant à l’issue de la présidentielle. On sait d’ores et déjà que le taux de participation sera élevé. Candidats au coude à coude, menaces de contestation des résultats par Trump et violences en perspective: les observateurs n’excluent pas un bras de fer et «un chaos post-électoral».

«Dans les limbes»

«Pour l’emporter, il semble que Joe Biden reste condamné à remporter le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie.» Politico.com remarque que l’Ohio aurait pu «apporter un peu d’air frais aux démocrates», c’est raté. «In limbo»: «Trump et Biden pourraient être dans les limbes pendant des jours.» Ces limbes où séjournent les âmes des justes catholiques avant la Rédemption ou celles des enfants morts sans baptême. Ils désignent un état intermédiaire et flou, qui rappelle la situation de l’an 2000, lorsque George W. Bush avait fini par être «jugé président» par la Cour suprême, plusieurs jours après l’élection.

«Après des mois de campagne électorale tendue et divisée, les Américains se sont enfin prononcés et l’issue du vote rest[e] totalement imprévisible […] Le duel a été serré toute la soirée […] La totalité des votes pourrait mettre des jours à arriver, prolongeant potentiellement le suspense quant à l’issue tant attendue de cette présidentielle polarisante», selon La Presse québécoise.

Développement suit.


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