A Munich, lors de la Conférence sur la sécurité, le week-end dernier, Emmanuel Macron a parlé de l’Europe puissance, ce «machin» aux yeux du reste du monde. Pour devenir une puissance, l’Europe doit être souveraine, et pour être souveraine elle doit avoir une capacité de défense. Le Royaume-Uni ayant quitté l’Union européenne, Paris propose de mettre son arsenal nucléaire au service de cette cause – mais sans renoncer à ses prérogatives de nation nucléaire, par exemple en disposant d’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. Il n’est pas question en effet de transférer cet acquis de Paris au profit de Bruxelles. Il est bien trop tôt.

Emmanuel Macron veut pourtant aller vite. L’Europe a besoin d’action pour ne pas s’effondrer. Mais pour agir, il faut d’abord débattre, percer les non-dits, jouer cartes sur table. Sur ce terrain, le président français a évoqué «les deux impensés de la défense européenne». Le premier concerne l’Allemagne: «L’Europe s’est construite sur l’idée d’un abandon de la puissance militaire allemande», explique Emmanuel Macron. Et alors? Les Allemands se sont mis d’accord pour renoncer à l’arme nucléaire, mais c’était pour mieux se placer sous le parapluie nucléaire américain. On comprend que c’est incompatible avec une souveraineté européenne. «Nous avons besoin d’un débat apaisé avec les Allemands à ce propos», dit Emmanuel Macron.