Prenez le couteau à pain que vous avez utilisé ce matin. Vous avez peut-être coupé une fine tranche pour votre tartine. Avec ce même couteau, vous auriez pu tuer une personne. Dans ces deux scénarios, le couteau à pain n’est ni bon ni mauvais. Ce sont les valeurs personnelles de la personne qui tient le couteau qui sont en jeu. Pour le numérique, certains aiment à présenter un même récit. Si les outils numériques peuvent s’apparenter à des couteaux à pain, alors la technologie serait un instrument fondamentalement neutre. La seule question éthique pertinente porterait sur l’utilisation de ces outils numériques. Facebook et les plateformes numériques adorent cette narration. A écouter Mark Zuckerberg, sa plateforme n’est qu’un outil mis à la disposition des gens. Les effets négatifs de son utilisation ne seraient pas de sa responsabilité, mais de celle des utilisateurs. En politique par exemple, le vrai défi viendrait de ceux qui instrumentalisent la plateforme pour influencer les élections. En bref, Mark Zuckerberg et les géants de la tech ne seraient que d’honnêtes fabricants de couteaux à pain.

Rien n’est plus faux que cette narration de la pseudo-neutralité des outils numériques. Un outil numérique est conçu, développé et produit avec l’ambition de répondre à des objectifs et des valeurs spécifiques. Chaque outil est désigné pour réaliser un but, en prenant en compte certains effets secondaires. En ce sens, il est impossible de concevoir un outil de manière neutre. Cet argument est même valable pour des objets simples comme le couteau. Il suffit de comparer un couteau de combat militaire avec un couteau à pain pour voir que ces deux «couteaux» sont conçus avec des objectifs différents, et ce indépendamment de l’utilisation qui en est faite.