Opinions

A l'impossible Expo.01 est tenue. Par Joëlle Kuntz

Postulat No 1: l'Expo.01 n'existe pas, il est donc impossible d'en parler.

Postulat No 2: l'Expo.01 devra exister, il est donc indispensable de l'imaginer.

Postulat No 3: la direction d'Expo.01 est payée pour parler de ce qui n'existe pas, pour imaginer ce qui devra exister et pour nous convaincre que tout cela a un sens. On lui accordera que c'est assez difficile.

Il faut s'imaginer 2001. La première année du troisième millénaire! L'ambition qu'il aura fallu pour prétendre inaugurer une nouvelle période de mille ans après que tous les pays et les villes du monde auront célébré l'an 2000 et épuisé toutes les catégories de discours. Que dire, encore, en 2001 quand on aura déjà tout entendu?

Et que dire aujourd'hui de ce qu'on pourra dire en 2001? Le public est impatient, il saute les étapes, il veut «du concret». S'il n'exige pas de voir l'objet Expo déjà fait, il veut en connaître les plans le plus vite possible. C'est bien naturel, il fait son métier de public.

Hier, la direction de l'Expo lui a fourni toutes les pièces à conviction qu'elle a déjà réussi à rassembler pour prouver la solidité de sa position. Les arteplages, les routes, les constructions, les billets, le budget, l'argent qui est rentré et celui qui manque encore, toutes ces choses matérielles qui nécessitent mille décisions ancrent peu à peu le projet dans un futur moins incertain. Mais c'est insuffisant, une frustration subsiste, entêtée, presque méchante: c'est quoi, votre expo?

Là, nos directeurs changent de registre. L'expo n'est plus un objet en chiffres et en mètres carrés mais une œuvre en train de se faire, un mouvement. Il est difficile d'expliquer un mouvement mais Pipilotti Rist peut le montrer. Elle entre en scène en artiste, Heidi saint-galloise avec ses dentelles, ses bas à poix et ses godillots plantés sous la table de son ordinateur branché sur l'Internet. Homme un jour, femme le lendemain, elle offre au pays le symbole de son corps infiniment transformable, comme pour l'inviter au déguisement, au théâtre, à l'imagination sur soi. C'est drôle, c'est gai, ça communique de l'émotion. En l'an 2001, première année du troisième millénaire, la Suisse célébrera l'avènement de l'image: un océan d'images, de matières et de mots reliés selon une grammaire des sens. On devine le plaisir, presque charnel, de la direction artistique, à associer les matériaux, les formes et les couleurs pour l'exploration d'une idée ou d'un thème, à prononcer des mots pour la beauté des mots: la conscience, le sexe, le sang, le rond, l'acier, le lin, le sable, l'huile… On constate son engouement pour l'incertain, l'improbable, l'indéfini, le fugitif. On le partage ou pas, c'est une question de goût, mais la mauvaise petite question revient sans cesse: c'est quoi, Mesdames, Messieurs, votre expo?

Question de bon droit, il faut le répéter. A ce stade, Expo.01 est très forte sur le style, très originale sur la méthode, très ambitieuse sur l'invention mais il lui manque une pédagogie.

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