éditorial

L’impunité recule

Meurtres de civils, viols à grande échelle, enrôlement d’enfants soldats, pillages, cannibalisme, amputations, actes de terrorisme, travail forcé

Meurtres de civils, viols à grande échelle, enrôlement d’enfants soldats, pillages, cannibalisme, amputations, actes de terrorisme, travail forcé. Véritable litanie des pires horreurs commises sur le continent africain, le verdict rendu jeudi par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) reconnaît l’ancien président libérien Charles Taylor coupable d’avoir soutenu les auteurs de ces atrocités et planifié des attaques visant à prendre le contrôle des zones diamanti­fères.

Neuf ans après l’annonce de son inculpation, il deviendra ainsi le premier ex-chef d’Etat condamné par la justice internationale depuis le procès de Nuremberg et les dix ans de prison infligés à l’éphémère successeur d’Adolf Hitler, Karl Dönitz, mais en sa qualité de commandant en chef de la marine allemande. Charles Taylor est aussi le premier président à avoir été inculpé de crimes contre l’humanité alors qu’il était encore en exercice, arrêté après moult péripéties et jugé. Slobodan Milosevic l’avait précédé sur cette liste mais il est décédé avant la fin de son procès. D’autres anciens chefs d’Etat attendent de connaître leur sort. Le Cambodgien Khieu Samphan, le Tchadien Hissène Habré, l’Ivoirien Laurent Gbagbo et, peut-être tôt ou tard, le Soudanais Omar al-Bachir. Ce qui était pratiquement inconcevable il y a encore quelques années devient réalité.

A tous ces titres, le cas de Charles Taylor occupe une place exemplaire au sein d’une justice internationale en plein essor. Même si tout est loin d’être parfait et que les crimes commis au Liberia par ce même leader avide et sanguinaire resteront impunis. Ce procès phare aura aussi mis en lumière le travail accompli par le TSSL. Injustement ignoré des médias, ce tribunal mixte (composé de juges nationaux et internationaux), siégeant à Freetown (seul Charles Taylor a été transféré à La Haye), a fait œuvre de pionnier dans de précédentes décisions en retenant déjà l’enrôlement d’enfants soldats, les attaques contre le personnel des missions de maintien de la paix ou les mariages forcés en temps de conflit. Avec ce verdict, c’est la délicate question de la responsabilité d’un leader pour les crimes commis dans un pays voisin qui a été tranchée. La réponse est nuancée mais le message est passé.

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