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Ewan McGregor et Dakota Fanning dans «American Pastoral» (2016), d’Ewan McGregor.
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(in)culture

De l’inadaptabilité de Philip Roth

CHRONIQUE. L’écrivain américain a vu huit de ses romans adaptés, pour huit films ratés, à l’image du récent «American Pastoral» d’Ewan McGregor

Un bon roman ne fait pas forcément un grand film, comme d’ailleurs un bon film n’est pas forcément adapté d’un grand roman. Des exemples? Prenez Jim Harrison, dont la prose n’est pas sortie grandie du ridicule Légendes d’automne d’Edward Zwick. A l’inverse, le best-seller qui a inspiré à Clint Eastwood le magnifique Sur la route de Madison est loin d’avoir marqué l’histoire de la littérature. Hemingway aura, lui, eu beaucoup de chance: il a été adapté, pour le meilleur, par Frank Borzage, Howard Hawks, Robert Siodmak ou encore Michael Curtiz.

Philip Roth, décédé cette semaine à l’âge de 85 ans, a vu huit de ses livres transposés à l’écran, sept sur le grand, un sur le petit. Il n’aura jamais obtenu le Nobel de littérature, mais est le seul auteur américain publié de son vivant à la fois par la Library of America et la Bibliothèque de la Pléiade. Son œuvre est dense, politiquement et socialement engagée, parfois source de polémiques. Est-ce pour cela qu’aucun cinéaste majeur n’a osé s’emparer d’un de ses livres?

Lire aussi:  Philip Roth, une œuvre colossale marquée par le malentendu

Alors que Steinbeck a inspiré au grand John Ford un film majeur, Les raisins de la colère, le seul réalisateur bénéficiant d’une certaine notoriété a s’être frotté à Roth est Barry Levinson, qui s’est cassé les dents sur Le rabaissement; le film qu’il en a tiré, The Humbling, est gratifié, sur le site de référence Imdb, d’une note médiocre de 5,6 sur 10. Le dernier réalisateur a avoir tenté le pari de donner corps à un texte du natif de Newark est un acteur, Ewan McGregor. Moins de dix ans après la publication de Pastorale américaine, l’Anglais en proposait une lecture appliquée. Il s’agissait là de ses débuts derrière la caméra, le pari était audacieux. Son American Pastoral (6,1 sur Imdb) a été présenté en 2016 au Zurich Film Festival, où j’ai eu la chance de m’entretenir avec Ewan McGregor.

L’acteur m’expliquait alors que ce projet avait mis des années à voir le jour, et que c’est suite au désistement de Phillip Noyce qu’il avait décidé de le réaliser lui-même. Comme il était débutant, le budget avait été revu à la baisse. Une bonne chose, puisque les contraintes financières obligent souvent les réalisateurs à plus d’inventivité. Malgré cela, et malgré son sous-texte politique fort, American Pastoral a rejoint la longue liste des adaptations ratées. Ewan McGregor a beau s’être totalement immergé dans le roman, allant jusqu’à écouter sa version audio lors de ses déplacements et jogging, il n’est pas parvenu à le transcender. Roth serait-il inadaptable? Peut-être que sa disparition libérera les scénaristes: car souvent, pour bien adapter, il faut trahir.


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