Un de nos conseillers fédéraux, afin visiblement de ne pas confondre vitesse et précipitation, a déclaré vouloir agir aussi lentement que nécessaire. Soit. Mais pourquoi, en ce qui concerne la culture, avancer à ce point à pas de loup que, au final, il est parfois décidé que rien n’est décidé? Est-ce là le signe d’une collégialité mise à mal, comme tendent à le prouver les propos d’un ministre de la droite dure dans la presse alémanique? Toujours est-il qu’en ce qui concerne les manifestations estivales, dont le poids économique est extrêmement important, on est encore en partie dans le grand méchant flou, pour reprendre le titre d’une émission de France Culture consacrée au déconfinement.

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Il y a deux semaines, alors que de nombreux organisateurs le pressaient de prendre ses responsabilités, le gouvernement expliquait avoir encore besoin de temps pour étudier la situation avant de se prononcer. Festina lente, hâte-toi lentement, pourrait-on dire, comme jadis l’empereur Auguste. Résultat, tandis que plusieurs pays européens prononçaient des interdictions strictes, tant le Paléo que le Montreux Jazz ou Sion sous les étoiles se résolvaient à prendre eux-mêmes leurs responsabilités et à tirer la prise.

Un mois d’attente

Mercredi dernier, le verdict est enfin tombé: jusqu’à la fin août, aucun événement réunissant plus de 1000 personnes ne pourra avoir lieu. Les autres, par contre, doivent encore attendre une nouvelle analyse de la situation. Ils devraient être fixés le 27 mai. A cette date, on saura également si les théâtres et salles de cinéma et de concert pourront rouvrir comme prévu le 8 juin, en respectant des mesures sanitaires et de distanciation qui ne seront pas évidentes à mettre en place.

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De nombreux festivals accueillent moins de 1000 spectateurs. Mais est-ce que plusieurs centaines de personnes auront envie de se réunir alors même qu’on attend pour l’été, paraît-il, une seconde vague de contamination? Et comment faire lorsqu’on organise des concerts en plein air sans place assise et que la distance sociale doit être respectée? Autant dire que les chances que les petits événements soient autorisés semblent quasiment inexistantes.

Et pendant ce temps, leurs organisateurs échafaudent des plans, se lancent dans des projections budgétaires, font patienter leurs partenaires, se demandent s’ils doivent dévoiler leur programmation. On leur demande de patienter alors que la plupart, pour ne pas engager de frais non remboursables, devraient être fixés au plus vite sur leur sort. La politique de la lenteur est, sur ce coup-là, inadéquate.


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