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Ils sont nombreux, les soutiens de l’ex-président brésilien à camper près de la prison de Curitiba, où Lula a commencé à purger sa peine.
© Heuler Andrey/AFP

Revue de presse

L’incarcération de Lula replonge le Brésil dans le chaos

L’emprisonnement de l’ex-président creuse encore davantage les fractures du pays, qui se retrouve en pleine crise politique, morale et institutionnelle. Ce, face à un avenir sur lequel lorgnent déjà extrême droite et militaires

Discours enflammés, foules en larmes, insultes à des juges, routes bloquées par des pro- et anti-Lula, gaz lacrymogènes ou balles en caoutchouc: le Brésil est en train de se déchirer avec le stupéfiant feuilleton de la reddition, aux allures christiques, de Luiz Inacio Lula da Silva. A l’heure où celui-ci dort désormais en prison, le plus grand pays d’Amérique latine se retrouve encore plus divisé, à six mois d’une présidentielle dont il était le favori.

Lire aussi: Les récents articles du «Temps» sur la saga Lula

Dont il est le favori? La concordance des temps n’est ici pas innocente, car s’«il est le premier président à être condamné et emprisonné pour corruption dans le pays», souligne O Globo – cité par Courrier international – ce mercredi, l’un des 11 juges du Tribunal suprême fédéral «doit soumettre à ses pairs une mesure visant à suspendre l’incarcération en cas de recours possible auprès d’une instance supérieure. Si votée, la mesure pourrait alors s’appliquer à Lula»:

Mais en attendant, poursuit le quotidien de Rio, à 72 ans, «l’ex-président, connu pour son sens politique, n’allait pas laisser passer cette opportunité de renforcer cette image de victime qu’il cultive», rappelant qu’il «jouit d’une forte popularité auprès de sa base et qu’il est [était?] jusqu’ici» en tête de tous les sondages pour le scrutin du mois d’octobre. Alors, logiquement, le Parti des travailleurs (PT) a maintenu sa candidature:

Et «les militants ont commencé à affluer dans la ville (voir les images sur Facebook), en soutien à l’ancien président. Nous ne partirons d’ici que lorsque Lula sortira, a promis la dirigeante du PT, Gleisi Hoffmann, ajoutant que Lula n’est pas un prisonnier de droit commun, c’est un prisonnier politique, le premier prisonnier politique depuis le retour à la démocratie». Un héros national qu’elle défend bec et ongles sur Facebook, le comparant à Gandhi ou à Mandela:

Mais pour l’heure, les vraies questions sont les suivantes: condamné à 12 ans de prison pour corruption, Lula peut-il rester candidat depuis sa prison? Mener campagne? Les juristes électoraux se perdent en conjectures, d’autant que sa probable inéligibilité oblige toutes les formations politiques à revoir leur stratégie. Et les citoyens à se poser des questions abyssales: qu’ils adulent le «guerrier du peuple» ou vilipendent «le plus grand bandit de l’histoire», des Brésiliens en plein doute se demandent si une élection peut être démocratique si le favori des sondages est en prison et inéligible.

Quoi qu’il en soit, après cette incarcération qui «a provoqué un véritable séisme, selon Radio France internationale, et malgré les recours déposés en vain ces dernières semaines, l’ancien président a promis de faire éclater son innocence. Ses avocats étudieraient la possibilité qu’il se présente depuis sa cellule à l’élection.» Pendant ce temps, le PT, «dans l’incertitude, reste largement sous l’influence de l’ancien président, dont la popularité, en dépit des scandales, reste intacte».

Pour le magazine brésilien Veja, c’est clair: la réponse est «non» à Lula. Ce jeudi, il publiera en une un dessin sans titre, représentant le condamné derrière les barreaux de sa prison. «Mais tous les Brésiliens savent» que cette revue, «principal hebdomadaire du pays et souvent présentée comme la cheville ouvrière des milieux les plus conservateurs, se réjouit» de cette incarcération. En novembre 2015, elle avait d’ailleurs déjà publié «une couverture montrant l’ancien président en habit de taulard», alors même qu’il «n’était pas encore soupçonné» lui-même. Cette manière de faire avait «suscité l’émoi», en illustrant «les partis pris véhéments qui caractérisent les grands journaux brésiliens, souvent accusés par la gauche de vouloir la peau de Lula».

L’ombre des militaires

Et puis, trois décennies après la fin de la dictature militaire, l’irruption dans le débat du chef des armées inquiète lourdement. Dans un récent tweet, le général Eduardo Villas Boas a implicitement souhaité la prison pour Lula, comme le décrypte la Folha de São Paulo. Ces craintes face à l’armée surviennent alors que le président Michel Temer a décrété une intervention militaire aussi controversée qu’inefficace contre la violence qui flambe dans l’Etat de Rio de Janeiro. A peine un mois après, l’exécution de la militante noire Marielle Franco, un crime qui avait déclenché la colère des Brésiliens, reste toujours impuni.

Alors que 13 millions de Brésiliens sont au chômage, la combinaison de la situation économique et de «l’exposition quasi pornographique à la corruption» est «explosive», avertit encore la Folha. Car beaucoup de Brésiliens, exaspérés, sont prêts à se jeter dans les bras du député d’extrême droite Jair Bolsonaro. Un nostalgique de la dictature, crédité de près de 18% des intentions de vote à la présidentielle… derrière Lula, et «député machiste et homophobe [qui] veut profiter […] du discrédit des responsables politiques», écrit Le Monde.

«Bolsonaro a fêté l’événement, bien sûr, poursuit le quotidien français. Pas l’échec de Lula, mais la victoire de la justice», précise le précandidat, un militaire de réserve qui «sait que de challenger», il peut passer à favori. Il savoure donc son moment. «Le citoyen est fatigué, assure-t-il à une horde de journalistes avant d’évoquer le délabrement des valeurs familiales, le chômage effrayant, la violence.» Déjà, il se voit en «futur candidat qui prendra le Brésil au sérieux» et fera taire ceux qui se lamentent sur l’«attentat à la démocratie»:

Alors il y a péril en la demeure. L’éditorial du Devoir est on ne peut plus clair à ce sujet. «Que la lutte contre la corruption se résume à un règlement de comptes avec le Parti des travailleurs, et le Brésil ne s’en trouvera que plus déchiré. Qu’à l’inverse, l’ex-président […] ne soit pas le seul à payer, et le commun des Brésiliens reprendra peut-être confiance en sa jeune et fragile démocratie. La classe politique brésilienne est, toutes tendances confondues, corrompue jusqu’à la moelle, tous les Brésiliens vous le diront. Au moins 40% des députés et sénateurs ont des ennuis avec la justice, selon Congressoemfoco.uol.com.br, un site d’information parlementaire.»

N’épargner personne

D’où ces questions, que pose encore le quotidien montréalais: «Le système politique brésilien est-il en voie d’être véritablement «nettoyé»? Jusqu’où ira la lutte contre l’impunité? Le Brésil n’en serait peut-être pas là, justement, si les soupçons de politisation ne planaient pas tant» sur le juge Moro, responsable de l’enquête «Lavage Express». «Le PT n’a pas tort de crier à la machination et à la persécution. Si bien que le juge […] aiderait sa cause et celle du Brésil en faisant tout ce qui est en son pouvoir pour chasser toute suspicion de partialité. Lire: en poursuivant sa guerre anticorruption sans épargner personne.»

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