L’incendie de la crise des dettes souveraines européennes s’est donc rallumé. Les analystes, pourtant, prédisaient depuis des semaines à Athènes une poussée des extrêmes, sur fond de remise en cause de l’austérité «imposée» par Bruxelles et Berlin. L’échec des deux grands partis helléniques, le Pasok et la Nouvelle Démocratie, était en somme programmé. Et ce d’autant plus que l’un comme l’autre portent une écrasante responsabilité dans la descente aux enfers du pays.

N’empêche: cette anticipation n’y a rien fait. Eclipsées dimanche par la victoire en France de François Hollande, candidat déclaré d’une «renégociation» du pacte budgétaire signé par vingt-cinq pays de l’Union européenne sur vingt-sept, les législatives grecques ont remis le feu, que la possible formation à l’arraché d’un gouvernement d’union nationale devrait avoir du mal à éteindre dans l’immédiat.

Pourquoi? Parce qu’au-delà de la Grèce, les braises de la défiance menacent toujours l’Europe communautaire. Défiance des marchés envers un continent dont l’économie, à de rares exceptions près, paraît condamnée à stagner. Défiance des investisseurs envers un système bancaire plombé par des années de folies spéculatives, et dont la remise sur pied sera lente. Défiance culturelle, enfin, d’une élite mondialisée des affaires habituée à prendre des décisions à très grande vitesse et toujours plus irritée des éternels recommencements bruxellois.

Ce sont ces trois paramètres que le président français élu devra avoir en tête lorsqu’il se rendra, le 15 mai, à Berlin. Moteur de l’UE, l’axe franco-allemand ne peut, dans ce contexte de doutes à tous les étages, se permettre de donner le spectacle d’une analyse divergente des remèdes économiques nécessaires et d’une opposition franche sur les solutions à y apporter.

L’exemple d’Athènes démontre chaque jour combien une sortie de crise imaginée, concoctée, puis appliquée en sous-main par des eurocrates transformés en proconsuls n’a convaincu au final ni le peuple grec, ni les oracles financiers internationaux. Lesquels parient toujours sur un éclatement de la monnaie unique.

S’ils y croient encore, comme ils l’affirment, les principaux dirigeants de la zone euro doivent sans doute afficher une détermination commune pour relancer la croissance. Mais à condition de ne pas renier leurs engagements antérieurs de réforme et, par là même, de souffler sur les braises… ö Pages 4, 5

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