Triomphalement réélu il y a un mois avec 60% des suffrages, Pascal Broulis expérimentera la nouvelle présidence permanente vaudoise. Un cadeau empoisonné? L'institution, voulue par la nouvelle Constitution vaudoise, a été imaginée quand le canton était en crise. Le recours à un président fort devait redonner de la cohérence à l'action de l'Etat. Le gouvernement a pourtant pris peur. Il a édulcoré le cahier des charges et il a refusé de doter le président de pouvoirs élargis, vidant de son contenu le rôle initialement envisagé avec de bons arguments.

Désigné par ses pairs, investi pour toute la législature contrairement à la formule tournante en vigueur partout ailleurs en Suisse, le président vaudois sera-t-il davantage qu'un super-arbitre? Il faudra toute l'énergie, la créativité et l'habileté manœuvrière du radical de Sainte-Croix pour transformer cette expérience pionnière en modèle convaincant.

Les conditions de départ modèrent les attentes. Elles relativisent aussi la critique spontanée visant le cumul, discutable, de la présidence permanente de l'exécutif et de la direction des Finances dans les mains du même magistrat.

Pascal Broulis pourrait surtout chercher à s'imposer en interlocuteur crédible et incontournable vis-à-vis de l'extérieur. Cela vaut pour la collaboration régionale, toujours à la peine, comme pour les relations avec le pouvoir fédéral, plus tendues que par le passé. Sur ce terrain mouvant, un leadership est à prendre, notamment à l'échelle romande. La vue d'ensemble sur les intérêts du canton qu'a déjà le grand argentier vaudois pourrait le servir utilement. Même rénovée à reculons, à la vaudoise, cette inconnue qu'est la présidence permanente pourrait finalement réserver une bonne surprise.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.