L'incroyable coïncidence de Chris Carter

En mars 2001, une série évoque l'attaque des tours jumelles par un avion.

Les séries TV n'ont pas seulement évoqué les attentats du 11 septembre 2001. L'une d'elles les a anticipés à sa manière. C'est The Lone Gunmen, pas diffusée ici, mais récemment publiée en DVD. Ce qui permet de découvrir une surprenante coïncidence.

The Lone Gunmen vient des X-Files. Dans leur feuilleton, Chris Carter et son équipe avaient installé trois personnages récurrents, John Fitzgerald Byers, Melvin Frohike et Richard Langly. Des maniaques d'informatique encore plus paranoïaques que Fox Mulder, le chasseur d'ovnis. Leur popularité a généré la dérivée The Lone Gunmen («les bandits solitaires»), qui est le nom de leur journal, destiné à dévoiler les agissements du gouvernement.

Le feuilleton pousse à l'extrême la parano anti-étatique des X-Files, selon laquelle l'idéal des Etats-Unis a été trahi le jour où Kennedy a été assassiné (John Fitzgerald porte bien son nom). Elle tourne aussi cette peur généralisée en dérision. Une couverture du bulletin des trois trublions proclame: «Teletubbies = contrôle de l'esprit».

Dans le premier épisode, coécrit par Chris Carter et ses principaux scénaristes, John Byers apprend le décès de son père. En fait, celui-ci est vivant, il a maquillé la mort accidentelle d'un tueur à gages mandaté pour le supprimer. Car le papa refusait de coopérer à un scénario de sécurité nationale portant sur un acte de terrorisme aérien. Il retrouve John et l'informe qu'en fait, le scénario est réel. Il émane d'une «faction du gouvernement». John s'interroge: «Le gouvernement compte commettre un attentat dans un avion?» Acquiescement, et à la question de savoir pourquoi: «Depuis la fin de la Guerre froide, sans ennemi clair, le marché des armes est au plus bas. Mais fais s'écraser un Boeing 727 en plein New York, et tu auras une dizaine de dictateurs fantoches prêts à clamer leur responsabilité et à supplier d'être bombardés.»

John et son père retrouvent le vol en question. C'est le vol 265 au départ de Boston – les avions qui frappèrent les tours jumelles venaient de Boston… Ils embarquent en pensant qu'une bombe fera exploser l'appareil au-dessus de New York. A bord, ils comprennent qu'il n'y a pas d'explosifs: l'avion est commandé à distance, à l'insu des pilotes. Devant leurs PC, les compères de John découvrent que la cible de l'avion est le World Trade Center. Le commandant lance une alerte: «Nous allons sur le WTC, avec 110 passagers et sept tonnes de fioul.»

Théorie du complot

Le récit alterne alors entre la recherche des codes pouvant briser le pilotage à distance et la situation dans l'avion, qui survole New York, avec en vue les deux tours aujourd'hui disparues… Cet épisode a été diffusé le 4 mars 2001 sur la chaîne Fox. Celle dont le canal d'information appellera plus tard à l'invasion de l'Irak. En septembre, les auteurs se diront accablés par la symétrie de leur scénario avec les événements réels.

Mais la collusion entre fiction et réalité va encore plus loin. Six mois avant, une série imaginait que l'administration américaine aurait joué un rôle dans ces attentats. Par la fiction, Chris Carter et ses auteurs formulaient les théories du complot qui, aujourd'hui, font florès dans leurs pays. Parangons satiriques, les bandits solitaires préfiguraient ces conspirationnistes qui se réunissent chaque semaine devant Ground Zero en exigeant «toute la vérité». A la fin de l'épisode, son père dit à John: «Je sais que toi et tes amis vous battez pour le rêve américain. Mais ne vous attendez pas à gagner.»

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