Revue de presse

L’incroyable saga de la tortue «Phantasticus», survivante de la préhistoire

On la croyait éteinte, cette espèce endémique des Galapagos. Jusqu’à ce qu’une très vieille dame reptile réapparaisse dimanche dernier sur l’île Fernandina. Un conte moderne recouvert d’une épaisse carapace de mystères

Le quotidien français La Croix, dans son immense foi, n’a pas hésité à titrer: «Une tortue des Galapagos serait ressuscitée.» Blague à part, assez loin de Dieu, c’est plutôt d’une histoire de morts-vivants qu’il s’agit, hantée d’icônes de la biologie de la conservation. L’emblème de cette saga, jusqu’ici? El Solitario Jorge, mâle mort de sa belle mort en 2012. Et puis, alors qu’une espèce très voisine de tortue géante était officiellement déclarée éteinte depuis un siècle, une carapace a soudain réapparu dans le paysage volcanique de l’île Fernandina, dans l’archipel sanctuaire des Galapagos, à quelque 1000 kilomètres au large de l’Equateur. C’était dimanche dernier.

Une dame, de cette espèce au nom onirique de Chelonoidis phantasticus. Elle «dépasse les 100 ans, c’est une très vieille tortue», précise à l’Agence France-Presse Washington Tapia, directeur du programme de récupération des tortues géantes mis sur pied par l’ONG américaine Galapagos Conservancy. Le spécimen a été découvert dimanche dernier lors d’une expédition financée par Animal Planet. L’animal, qui pèse 20 kg, était dissimulé dans la végétation qui pousse entre les coulées de lave pétrifiée du volcan La Cumbre, l’un des plus actifs de la planète.


Toute la saga:


Alors, d’une rare excitation, les scientifiques espèrent qu’elle ne connaîtra pas le même sort que Georges le solitaire, son illustre prédécesseur. Dernier exemplaire de la Chelonoidis abingdonii, il est mort en 2012 sans descendance, faute d’avoir accepté de s’accoupler avec des femelles d’espèces similaires. Pour l’heure, c’est donc une très grande et très belle surprise que de retrouver cette survivante. Seule une analyse ADN confirmera qu’il s’agit bien de l’espèce endémique de Fernandina. Sa carapace en forme de selle de cheval la différencie d’autres tortues géantes de l’archipel et correspond à la description de la Chelonoidis phantasticus.

Souvenez-vous. En fait, c’est le plus souvent dans l’anonymat de la forêt ou des océans que les espèces s’évanouissent, sans même parfois que les hommes le remarquent. Cela n’avait pas été le cas de Georges, la tortue la plus fameuse de la planète. Mais Georges n’était pas immortel. C’est son fidèle soigneur, Fausto Llerena, qui l’avait trouvé inerte. D’ailleurs, en 2015, l’Equateur avait annoncé la découverte d’une nouvelle espèce, baptisée Chelonoidis donfaustoi en son honneur, pour son dévouement.

Ce jour-là, Georges se dirigeait apparemment vers son point d’eau. Et c’était la nouvelle la plus triste de ce début d’été 2012: Georges avait cassé sa pipe, l’histoire du monde reptilien était orpheline d’El Solitario Jorge, figure touchante, aux airs préhistoriques, centenaire, seul rescapé de son espèce depuis les trois à quatre millions d’années qu’elle avait colonisé les Galapagos.

Croyait-on. Puisque selon Danny Rueda, directeur des écosystèmes du Parc national des Galapagos, cette nouvelle découverte implique maintenant «engagement et urgence»: il faut «organiser une expédition à Fernandina en espérant trouver un autre spécimen». Un mâle, bien sûr, afin de pouvoir lancer un programme de reproduction en site protégé. Ce qui n’est pas si évident si l’on en croit un article fantastique du site Maxisciences sur les habitudes amoureuses des tortues géantes. Et encore moins sur cette île inhabitée de 638 km², difficile d’accès et de nature à décourager la marche humaine sur ses amas de lave pétrifiée.

Dans l’attente d’une nouvelle expédition, la tortue a donc été transférée au Centre d’élevage de l’île Santa Cruz. Le correspondant à Quito de Radio France internationale explique que «sur les photos, les scientifiques […] ne peuvent dissimuler leur joie. […] Personne n’en avait plus vu depuis 1906», et même l’Union internationale de conservation de la nature, à Gland (VD), «avait jeté l’éponge en déclarant cette espèce officiellement éteinte». «Depuis un siècle», comme l’explique le quotidien équatorien El Universo.

«Pourtant, certains scientifiques n’avaient pas perdu espoir. En 1964, une expédition avait découvert des crottes de tortue sur Fernandina sans savoir de quelle espèce il s’agissait. Il y a quelques siècles, les pirates, boucaniers et pêcheurs avaient en effet déplacé des tortues d’île en île pour avoir des réserves de viande fraîche à disposition.» Dans un tweet, le ministre de l’Environnement des îles Galapagos, Marcelo Mata, n’a pas hésité à parler de «noticia mundial», de «nouvelle d’importance mondiale»:

De ces tortues géantes des Galapagos, le jeune naturaliste anglais Charles Darwin s’était servi pour développer sa théorie sur l’évolution des espèces. Il semble qu’elles aient été ensuite dispersées sur les îles par les courants marins, et qu’ainsi se soient développées 15 espèces différentes, y compris celles considérées comme éteintes. Mais ces reptiles-là, estiment les spécialistes qui les ont étudiées, doivent leur longévité exceptionnelle à une capacité qui leur permet de réparer leur ADN. Fascinant.


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