Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
La joie d’un activiste de la cause gay à Bangalore, ce jeudi 6 septembre.
© Abhishek N. Chinnappa/TPX/Reuters

Revue de presse

L’Inde qui dépénalise l’homosexualité, c’est un grand pas pour l’humanité

Cette nouvelle étape dans l’histoire mouvementée du sous-continent sur les questions touchant à la communauté LGBT ne doit pas faire oublier que celles-ci demeurent taboues en Inde et répréhensibles dans beaucoup d’autres pays du monde

«Ce sont d’abord les larmes qui sont sorties, raconte le correspondant de Libération. Puis Ali s’est effondré, à genoux, sur la pelouse de la Cour suprême. La nouvelle vient de tomber, les cinq juges de l’institution indienne ont mis fin, jeudi, à cent cinquante-sept ans de discrimination officielle envers les homosexuels. Et ce gay trentenaire, musulman, est foudroyé de bonheur.»

«Cela a été un combat si long pour nous tous. Tellement de gens ont souffert à cause de cette loi, dit-il Maintenant, au moins, nous pouvons avancer vers plus d’égalité dans ce pays», lâche-t-il les yeux rougis, entre deux sanglots nerveux. Autour de lui, ses compagnons de lutte le cajolent, une main rassurante sur l’épaule: «C’est un moment de joie, Ali. Car ça y est, nous sommes en sécurité.»

Lire aussi: L’Inde dépénalise l’homosexualité

Des sourires et des torrents de larmes de bonheur ont en effet marqué les célébrations, jeudi par la communauté LGBT en Inde, de la dépénalisation de l’homosexualité – समलैंगिकता, en hindi. Un cap historique pour l’égalité des droits dans la deuxième nation la plus peuplée du monde. Et une nouvelle très largement répercutée par les médias du sous-continent, à l’instar de la BBC, par exemple, qui y est très active:

«C’est une décision de justice, relative à une pratique que l’on trouve dans toutes les religions, dit la radio-télévision britannique. Mais la question était de savoir si l’homosexualité était «contre nature» ou un péché religieux, et le débat sur la discrimination a toujours déraillé en raison de l’hypocrisie de ce double standard […]. Et il faut aussi dire que jusqu’à ce que les missionnaires chrétiens et les religieux musulmans fondamentalistes entrent dans ce pays, les hindous étaient très libres dans l’expression de leur sexualité», avant l’Empire britannique.

«Un jour de fierté gay»

«Je suis sans voix! Ça a pris longtemps pour advenir, mais je peux enfin dire que je suis libre et que j’ai des droits égaux aux autres», s’est enthousiasmé Rama Vij, un étudiant de Calcutta rassemblé avec des amis pour suivre la lecture du jugement à la télévision, dont parle TêtuLe président du programme Onusida, Michel Sidibé, a quant à lui déclaré que c’était «un jour de fierté gay, de célébration, un jour où le respect et la dignité ont été restaurés en Inde pour les lesbiennes, gays, bisexuels, trans et intersexes. J’applaudis les courageux activistes, les organisations de la société civile et les groupes communautaires qui se sont battus si longtemps pour réparer cette injustice.»

Mais «le combat ne fait que commencer». Car si la Cour suprême indienne a fait «un grand pas pour la communauté» en supprimant un article de loi obsolète par rapport aux mœurs contemporaines, «cela ne signifie pas pour autant» que les homosexuel(le)s vont immédiatement révéler leur orientation… Cette législation, dit France 24, «qui punissait les relations sexuelles anales et les rapports oraux» d’au moins 10 ans de prison et jusqu’à la perpétuité, était souvent utilisée par la police indienne «comme argument pour harceler les personnes homosexuelles». La cour estime ainsi que «l’histoire doit des excuses à la communauté LGBT» et que «les homosexuels ont le droit de vivre dans la dignité»:

Pour Courrier international, «cinq ans après avoir réintroduit dans le code pénal» ce fameux «délit de relation sexuelle contre nature remontant à l’Empire britannique, la Cour suprême indienne a fait un virage à 180 degrés». «Ce n’est plus un crime», relève l’Hindustan Times, ajoutant que «la morale sociale ne saurait être invoquée au détriment d’un individu». Comme le souligne le Times of India, «le président de la Cour suprême, Dipak Misra, dont le mandat s’achève bientôt, est allé très loin dans ce verdict historique. Il estime que le fameux article 377 était irrationnel, arbitraire et incompréhensible».

Son histoire est longue, et l’on a bien affaire aujourd’hui à un «revirement spectaculaire, quand on se souvient que la même Cour suprême avait pénalisé de nouveau l’homosexualité en décembre 2013, après que la Haute Cour de Delhi l’eut dépénalisée en 2009, comme le rappelle l’Indian Express. Il y a cinq ans, les magistrats avaient jugé le procédé illégal sur la forme, sans statuer sur le fond. Il n’empêche, ils avaient rétabli de fait une loi imposée à l’Inde par l’occupant anglais, au nom des principes chrétiens sur lesquels a été fondé l’Empire britannique.»

A bien observer Twitter, «la légalisation de l’homosexualité dans le sous-continent a déjà un retentissement mondial, observe The Hindu. Les Nations unies ont salué l’événement, dans lequel elles voient un premier pas vers le respect plein et entier des droits fondamentaux des personnes LGBT.» «Nos libertés sont rétablies, nous sommes fiers de pouvoir énoncer nos noms», estime le militant de la cause homosexuelle Harish Iyer sur le site de l’hebdomadaire Outlook: «Nous sommes les anormaux, les obsédés sexuels, les mecs trop bien habillés, les hommes au poignet courbé, les gars bizarres qui s’embrassent. Et nous avons gagné!»

France 24 fait toutefois bien de rappeler que si l’Inde est devenue ce jeudi «le 124e Etat à dépénaliser l’homosexualité, celle-ci est encore interdite dans plusieurs pays. Dans treize nations, elle reste même passible de la peine de mort»:

En attendant, «la discrimination ne va pas s’estomper de sitôt. La guerre continue dans le sous-continent», confirme La Libre Belgique: «Avant, nous étions considérés comme des criminels et on devait se battre pieds et poings liés. Désormais, la justice nous donne la possibilité de lutter pour nos droits», se félicite Gautam Bhan, sociologue et militant de la cause.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo opinions

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

Fumer, c’est aussi dangereux que has been. Pour profiter du goût et des effets du CBD sans se ruiner la santé, mieux vaut passer aux vaporisateurs de cannabis, élégante solution high-tech qui séduit de plus en plus de Suisses. Nous les avons testés

Cannabis: adieu fumée, bonjour vapeur

n/a
© Gabioud Simon (gam)