Les conseillers d’Etat n’échappent pas aux réalités qui obligent le commun des mortels à se pencher sur la réforme des rentes vieillesse. Il y a de moins en moins d’actifs pour financer les rentes des sortants des gouvernements, dont l’espérance de vie est de plus en plus longue. A cela s’ajoute le fait qu’il n’est plus exceptionnel aujourd’hui d’accéder à moins de 45 ans à un exécutif cantonal. L’extraordinaire système des rentes à vie accordées aux élus dès leur sortie du Conseil d’Etat paraît aujourd’hui anachronique. Les ministres, comme les autres actifs, devront faire des efforts.

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Face à cette réalité, les cantons romands avancent à des rythmes très différents. Les cinq sortants qui se représentent ce week-end à Neuchâtel seront les premiers soumis au nouveau régime cantonal des rentes. Le Valais, peut-être bientôt rejoint par le Jura, a déjà supprimé les pensions à vie. Les autres cantons romands aux finances moins tendues disposent d’un système panaché, avec des rentes à vie, parfois des rentes partielles, et de simples indemnités. Est-ce encore justifié? Certains, comme Genève dont le Conseil d’Etat peine à présenter un nouveau projet de prévoyance alors que les retraites sont complétées grâce à la caisse générale, se complaisent dans un déni de réalité.

Cela étant dit, supprimer toute aide en fin de mandat paraît très délicat. Il est loin le temps où la séance du Conseil d’Etat vaudois se terminait par une partie de cartes et où, à moins d’avoir piqué dans la caisse, jamais un magistrat sortant n’était sanctionné par les électeurs. Aujourd’hui, les ministres, sous pression constante, sont exposés, atteignable 7 jours sur 7, leur vie privée souvent affectée. L’électeur plus volage n’hésite pas à les renvoyer. Etre élu est devenu un risque. Pour que la fonction reste attractive, les conditions de prévoyance doivent au moins assurer ces risques. Et dans ces conditions, elles doivent aussi permettre l’indépendance des ministres durant leur fonction. Leur capacité de prendre des décisions impopulaires est à ce prix.

Mais il y a de la marge. Deux aspects en particulier des régimes de prévoyance des anciens conseillers d’Etat paraissent passés de date. Les rentes viagères actuelles consacrent en quelque sorte le droit à avoir un salaire équivalent au dernier traitement. C’est-à-dire que même s’il retrouve du travail, un ex-ministre aura droit à une rente complétant son nouveau revenu jusqu’au niveau de son dernier salaire. Injustifiable. Et puis, pour encadrer les régimes de prévoyance, on s’étonne de constater la quasi-absence de règles éthique par rapport aux activités permises après la fonction. Si l’argument qui sous-tend les généreuses retraites des conseillers d’Etat est l’indépendance d’action, il faut au moins garantir son respect.

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