Les deux soussignés ont individuellement participé à la consultation lancée par le Conseil fédéral sur le projet d’arrêté fédéral sur le financement de l’aide internationale de la Confédération 2021-2024. Leurs contributions ont été publiées dans le rapport du DFAE du 19 février à ce sujet mais leurs propositions n’ont pas été reprises dans le message. L’objectif principal de celles-ci, comme celui de deux autres contributions, était de rappeler l’importance de la totale indépendance du CICR vis-à-vis de la Suisse, comme de tout autre Etat ou institution publique ou privée. Son indépendance et sa neutralité sont en effet des conditions essentielles (mais certes pas toujours suffisantes) pour permettre au CICR d’accéder à toutes les victimes de la guerre et aux détenus politiques et de fonctionner comme intermédiaire entre les parties aux conflits armés, rôles qui lui ont été reconnus par la communauté internationale. Le CICR n’aurait en effet aucune chance de jouer ces rôles s’il prenait position sur les causes d’un conflit ou de détentions politiques. Il se concentre donc sur la manière dont les victimes sont traitées et sur le respect, pour le moins, du noyau dur des droits de l’homme dans toutes les situations; et du droit international humanitaire dans les conflits armés. Cela par l’apport d’un soutien matériel et moral aux victimes, mais aussi par la défense pugnace du respect de ces normes, voire par des dénonciations publiques si ses démarches confidentielles restent sans effet.

Une neutralité exigeante

La neutralité du CICR est un fardeau pour ses délégués, qui doivent souvent faire le poing dans leur poche. Mais elle est indispensable au CICR non seulement pour remplir la mission qui lui est assignée, mais aussi pour assurer leur sécurité sur le terrain. Or cette neutralité est beaucoup plus exigeante que celle de notre pays. La Suisse reconnaît des Etats – la reconnaissance très rapide du Kosovo a par exemple été très mal ressentie en Serbie –, prend sans cesse des positions politiques, comme tout Etat, et participe même à des sanctions décrétées par l’ONU. Elle sera d’ailleurs encore plus sollicitée si elle accède, comme elle le souhaite, au Conseil de sécurité. Il est dès lors essentiel que le CICR ne soit en rien associé à ses décisions et prises de position politiques.