Editorial

L'industrie horlogère va au-devant d'un coup de froid

Les chiffres publiés jeudi par la Fédération horlogère font état d’un recul plus marqué que prévu, notamment aux Etats-Unis ou au Japon. Mais il n’y a pas que des problèmes conjoncturels qui menacent l’industrie horlogère du pays

Adepte des métaphores météorologiques, un patron horloger rencontré à Bâle promettait qu’il allait faire «drôlement frais» dans les semaines à venir. L’accélération brutale de la chute des exportations publiée hier par la Fédération horlogère (FH) fait réaliser qu’une épaisse couche de givre a déjà dû s’installer dans la plupart des états-majors de l’industrie.

Le recul considérable du marché hongkongais (-37,7%) n’est pas une surprise. Mais le fait que les exportations à destination des Etats-Unis (-32,9%) – et, dans une moindre mesure, du Japon (-9,4%) – accusent une baisse aussi sévère est un signal aussi inattendu qu’inquiétant. On a trop entendu que ces deux pays pourraient jouer le rôle de relais de croissance pour compenser l’évaporation des envois de montres en direction de Hongkong.

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Force est de constater aujourd’hui que le «nouveau plancher» qui mettra fin à l’abrupte correction que subissent les exportations horlogères n’est pas encore là. Et se fait désirer. Il devient par ailleurs de plus en plus difficile de brandir la progression de l’industrie horlogère suisse de ces dix dernières années pour affirmer qu’il n’y a pas de problèmes. Et pour cause: allez dire cela aux sous-traitants de l’arc jurassien qui voient leurs carnets de commandes s’effondrer aujourd’hui de 50, parfois de 80%. Et qui ne peuvent bientôt plus recourir au chômage partiel.

Osera-t-on utiliser à nouveau le terme de «crise» pour 2016? Probablement. Mais le choix des mots est, dans ce cas, secondaire. L’important est de ne pas céder aux sirènes du court terme et de garder les yeux tournés loin devant. Cela évitera non seulement aux grandes marques de prendre des décisions mutilant irrémédiablement le tissu industriel régional mais leur rappellera également qu’une fois ce «nouveau plancher» atteint, de nouvelles difficultés structurelles viendront ronger les chiffres de la FH.

Les montres connectées, par exemple. Même si, après l’effervescence de l’année 2015, le soufflé est un peu retombé, a-t-on vraiment pris la mesure de l’impact qu’aura cette révolution technologique sur les acheteurs de montres de demain? Le fait que, la semaine dernière, un analyste de référence dans l’horlogerie compare Apple à Rolex, Omega ou Cartier a permis de mieux réaliser les avancées considérables qu’a effectuées la marque californienne sur ce terrain en l’espace de quelques mois.

Et même au-delà des smartwatches, il y a d’autres embûches importantes. Citons en vrac le franc toujours fort, les plus sévères restrictions douanières en Chine, les prix trop élevés des montres ou la saturation des réseaux de distribution.

La météorologie n’est pas une science exacte. Mais tous ces éléments laissent penser que la température «drôlement fraîche» devrait se maintenir. Probablement davantage que dans les seules semaines à venir.

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