Dans un pays plongé dans sa plus grave crise depuis la Grande Dépression des années 1930, c'est le rapport qui enfonce le clou. D'ici à 2025, les Etats-Unis vont perdre en influence sur la scène internationale et les risques de conflits devraient s'aggraver. Ce n'est pas la prévision d'un défenseur de la théorie du déclin de l'empire américain, mais une note de 120 pages des services secrets américains qui l'affirme. L'exercice, comme tous les quatre ans, est destiné à éclairer la conduite du nouveau président élu.

Que disent ces renseignements? D'ici 20 ans, le centre de gravité du monde va se déplacer vers l'est, avec la montée en puissance de la Russie, de l'Inde et, surtout, de la Chine. Grâce à leur puissance militaire, les Etats-Unis resteront toutefois le «primus inter pares» d'un monde multipolaire et beaucoup moins prévisible. La démocratie et l'économie de marché seront contestées. Et face au réchauffement climatique et à la raréfaction des ressources naturelles, on ne peut exclure des rivalités de puissances comme le XIXe siècle en a connu.

La prédiction peut sembler réaliste. Mais elle est surtout révélatrice du profond scepticisme qui s'empare d'une Amérique qui doute alors que chaque jour amène son lot de nouvelles catastrophiques sur le front de l'économie. Il semble très loin le temps où - c'était il y a quatre ans - ces mêmes services ne disaient pas autre chose que les idéologues néo-conservateurs dépeignant l'avènement d'un «Nouveau Siècle américain».

Un peu plus d'humilité de la part des Etats-Unis sonnera comme un soulagement aux oreilles de beaucoup, à commencer par les Européens. Mais, si personne ne contestera le rééquilibrage des rapports de force internationaux, l'avenir des Etats-Unis est-il si incertain? L'émergence russe, chinoise et indienne demeure une inconnue. Ce sont des géants aux pieds d'argile qui pourraient, tout aussi sûrement que les Etats-Unis, être très durement frappés par la crise mondiale qui se dessine et voir leur puissance relative à nouveau décliner. A l'inverse, la CIA semble sous-estimer la capacité de rebond de l'Europe, mais surtout de l'Amérique elle-même!

Il reste deux mois à Barack Obama pour méditer ces sombres perspectives et trouver les recettes d'un nouvel élan américain.

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