éditorial

L’inexcusable déni du harcèlement sexuel

Aucun secteur économique, aucune organisation, n’est épargné en Suisse.

Des collègues aux comportements douteux, aux gestes déplacés, aux sous-entendus obscènes? «Pas dans notre entreprise!» estiment trois quarts des responsables sondés cet hiver par l’Université de Lausanne. «Il n’y a pas lieu d’agir, car le fléau du harcèlement sexuel ne concerne pas notre société», affirment-ils, en totale contradiction avec toutes les enquêtes réalisées à ce jour. Aucun secteur économique, aucune organisation, n’est épargné en Suisse.

Souffrent-ils d’aveuglement? On ne peut pas accuser trois quarts des employeurs de mauvaise foi. En réalité, nombre de patrons rechignent à développer une politique de prévention – comme l’exige la loi – par crainte des dérives. En toute bonne foi. La prévention du harcèlement peut mener à un climat de travail hostile.

Le continent américain regorge d’exemples délirants. Des employés suisses se sont vu remettre aux Etats-Unis un guide des comportements à adopter: «Pas d’ascenseur seul avec une femme» ; «Ne la regardez pas plus de X secondes dans les yeux», rapporte un directeur des ressources humaines, choqué.

Par ailleurs, les employeurs ont peur des «vocations» qu’une telle politique de prévention pourrait susciter. Ils évoquent ces employées licenciées qui dénonceraient des abus par opportunité de gain. Mais toutes ces peurs – en partie fantasmées, car elles ne correspondent pas à notre culture juridique – doivent-elles mener les entreprises à fermer les yeux sur des cas réels et graves? Ignorer le traumatisme de femmes, et d’hommes, détruits, cassés psychologiquement?

La loi demande aux employeurs de désigner une personne de confiance à laquelle les employés pourront se confier. Toutes les entreprises, même les plus petites, peuvent appliquer cette exigence. Si le responsable des ressources humaines n’a pas la totale confiance des employés, un médiateur externe est tout indiqué, comme le recommandait d’ailleurs récemment le Tribunal fédéral.

Les entreprises peuvent offrir une écoute aux victimes, sans tomber dans la psychose. Tout est question de finesse. Et aucune raison ne justifie ce déni du harcèlement sexuel.

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