Chaque jeudi, notre newsletter  «Comment va la France?» se clôt avec le point de vue d’un libéral suisse sur l’Hexagone.

La hausse des prix conduit à des décisions qui tentent de protéger les citoyens des réalités économiques. Emmanuel Macron joue-t-il à «l’illusionniste», pour reprendre le qualificatif accordé au président français par Valérie Pécresse?

Les aides aux ménages se multiplient de la part du gouvernement français: chèque énergie exceptionnel (100 euros pour 5,8 millions de ménages), indemnité inflation (100 euros pour 38 millions de personnes), bouclier tarifaire (pour 5 millions de foyers), sans parler de la remise de 15 centimes par litre de carburant.

Bruno Le Maire tente d’adoucir le choc inflationniste, et, dans la foulée, renonce au «quoi qu’il en coûte» en vigueur durant la pandémie. Les aides doivent être ciblées, selon le gouvernement. Nous vivons à l’époque du «social-clientélisme». Le mot est avancé par Simone Wapler, l’autrice de Non, l’Etat ne nous protège plus!, dans un article sur Contrepoints.

Cet exercice de défense du pouvoir d’achat est pour le moins alambiqué. Qu’il suffise de se pencher sur une phrase d’une interview de Bruno Le Maire, ministre de l’Economie: «Je dis juste que la facture totale s’élève à plus de 20 milliards d’euros sur la seule protection de nos compatriotes contre la flambée des prix de l’énergie, et nous sommes prêts effectivement à faire davantage, mais ça ne sera pas un «quoi qu’il en coûte» qui consisterait à verser de l’essence sur un incendie, c’est apporter des réponses ciblées.»

Les multiples couches de taxes

Simone Wapler a raison de souligner l’absurdité d’un monde dans lequel les aides étatiques de 20 milliards sont au même niveau que la recette fiscale de 18 milliards venant de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Le gouvernement français donne d’une main ce qu’il reçoit de l’autre. Mais il ne veut pas baisser les impôts sur l’énergie parce que cela profiterait à tous, des pauvres aux riches, et s’inscrirait dans la stratégie du «quoi qu’il en coûte».

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Les faits contredisent le gouvernement français. Jean Castex a en effet annoncé une remise de 15 centimes par litre depuis le 1er avril (peu avant le premier tour de la présidentielle) qui bénéficiera à tous les automobilistes, pauvres ou riches, durant quatre mois. Ironique, Dimitri Pavlenko, sur CNews, lance: «pour le coup, il cible tout le monde». Le journaliste ajoute avec raison que le gouvernement «brouille le signal des prix» puisqu’il avait précédemment décidé de taxer davantage le carburant pour sauver la planète.

Sa remise de 15 centimes à travers une baisse de la TVA ne cache pas les raisons de la hausse du prix de l’essence, la fiscalité. Dimitri Pavlenko a fait le calcul: le prix du diesel coûtait 1,50 euro à la pompe en 2008 quand le baril valait 147,5 dollars. Aujourd’hui, il coûte 2,10 euros avec un baril à 105 dollars.

Une politique énergétique remise en question

Si le gouvernement avait réduit les impôts, «il n’y aurait pas [eu] suffisamment de social-clientélisme», observe Simone Wapler. «Après avoir mis le marché de l’énergie à feu et à sang par un interventionnisme délirant depuis des décennies, les autorités prétendent nous protéger d’un mal qu’elles ont suscité.»

Le président Macron a pris de «très mauvaises décisions» dans sa politique énergétique, juge Valérie Pécresse, dans une interview au Figaro: «Il a fermé Fessenheim et annoncé la fermeture de 12 réacteurs au début de son mandat. On a pris cinq ans de retard». Simone Wapler ajoute que «ce sont les actions de ce gouvernement et de ses prédécesseurs qui ont conduit à cette situation en arrêtant le nucléaire, en ficelant des contrats délirants sur les prix de l’électricité pour favoriser les prix de l’énergie dite renouvelable (en pratique intermittente et non pilotable). Résultat: le prix de l’électricité dépend de celui du gaz!»

Un problème monétaire

Les gesticulations gouvernementales tentent de cacher les faits. L’inflation est d’abord monétaire et ne se combat pas à travers des interventions de l’Etat. C’est en refusant de suivre les conseils des économistes libéraux de normaliser les politiques monétaires qu’on a ouvert la porte à l’inflation.

Tandis que la hausse des prix atteint 5,8% dans la zone, la BCE continue d’augmenter son bilan, certes à un rythme moindre. Sa politique reste donc accommodante au moins jusqu’à l’automne. Or, les effets d’une décision d’une banque centrale ne sont visibles dans l’indice des prix qu’environ 24 mois plus tard.

Le train de l’inflation continuera à rouler à pleine vitesse encore longtemps. Ce ne sont pas les aides d’Etat qui adouciront le choc.

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