Il n’y a pas de démocratie sans information de qualité. Une étude de l’Université d’Oxford vient de démontrer que 70 pays pratiquent la désinformation à travers les médias sociaux. La situation s’aggrave, puisque l’an dernier ils n’étaient «que» 48 à se livrer à de telles pratiques, soit des campagnes qui visent à tromper le public. Ces initiatives nuisibles visent à établir des croyances fausses, à orienter un vote ou à enterrer des opposants par des attaques les plus diverses.

Le web devient un endroit mal famé. Tous ceux qui ont été victimes de hordes de trolls sur les réseaux sociaux parlent de machine infernale qui semble se mettre en marche contre eux, avec des tactiques de nuisance très élaborées. Imaginez quand c’est un Etat qui se trouve à la manœuvre avec des moyens considérables. Du côté des agresseurs, les entreprises ne sont pas en reste, puisque certaines – dans le tabac notamment – sont très expérimentées pour déstabiliser ceux qui écrivent négativement sur leur industrie.

L’expérience d’années de propagande pour tenter de banaliser des produits dangereux pour la santé a permis de rendre ces entreprises très efficaces pour administrer un cocktail fait de lobbyisme politique, de relations amour-haine avec la presse (invitations ou au contraire tentative de déstabilisation à travers notamment des associations) et de jeux d’influence dans les milieux scientifiques pour imposer leur point de vue.

A l’ère des réseaux sociaux, ces firmes ont encore gagné en efficacité pour saturer le marché de fausses informations. Quand elles ne pratiquent pas des techniques comme le fichage d’individus, ainsi que l’a entrepris Monsanto au sujet de personnalités et de leur sensibilité aux OGM par exemple, une affaire révélée ce printemps.

De leur côté, les géants du numérique tentent de réagir. Facebook, qui par son côté mastodonte est l’arme de choix pour manipuler les foules, a changé récemment ses règles sur la publicité politique. Par ailleurs, tous les acteurs prennent des mesures, de Twitter qui vient d’exclure des comptes de désinformation à Cuba à YouTube qui a rayé de la carte des chaînes problématiques à Hongkong. Mais rien n’y fait. L’étude de l’Université d’Oxford estime même que la désinformation a désormais pris une telle ampleur qu’elle constitue une partie «omniprésente de l’écosystème de l’information numérique».

Dans chaque pays désormais les autorités appréhendent les prochaines élections. Ce n’est pas une question, des bots vont envahir les espaces de discussion sur les réaux sociaux pour influencer les votes quand ce ne sont pas des deepfakes qui vont faire dire n’importe quoi à des personnalités dans des vidéos. Dans cet environnement, le métier de journaliste n’a jamais été aussi crucial.