Editorial

L’initiative de l’UDC? Un test pour le parlement

L’UDC entre en campagne électorale pour 2015 avec deux projets d’initiatives. La première parlerait d’asile et reste à définir. La seconde, présentée mardi, est plus précise. Elle veut assurer la primauté du droit suisse, et donc des décisions du peuple souverain, sur le droit international, dont fait partie par exemple la Convention européenne des droits de l’homme.

A voir maintenant si les deux initiatives seront lancées, quand et sous quelle forme exactement. Mais la seule évocation de saisir l’opportunité des prochaines élections fédérales fait déjà sourire Christoph Blocher, comme on l’a vu mardi. Car il s’agit des deux thèmes de prédilection de l’UDC, des machines à gagner. Et parce qu’ils placent les autres partis politiques sur la défensive. A moins que.

Ces dernières années, le parlement a débattu pendant des heures de la conformité de certaines initiatives populaires avec le droit international. Sans jamais oser invalider une initiative alors qu’il en a la compétence. Quel parti a envie de passer pour le fossoyeur des droits populaires ou de bafouer l’expression de plus de 100 000 signataires? Jusqu’à ce jour, il n’y a jamais eu de majorité pour s’y essayer.

Le parlement ne s’est jamais entendu non plus pour réformer les droits populaires.

Mais si la donne changeait? Et si l’UDC, en lançant une initiative consacrant la primauté du droit suisse, faisait ce pas de trop, poussant enfin ses adversaires à empoigner le problème? Car il y aurait enfin une convergence d’intérêts entre les défenseurs du droit international et ceux de l’économie exportatrice suisse. Enfin un danger suffisamment grand pour la réputation de la Suisse sur la scène internationale. Enfin une majorité pour dire «ça suffit» au populisme de l’UDC qui veut faire croire au peuple qu’il a toujours raison.

Et ce ne serait pas la révolution au pays des droits populaires. Une motion a déjà été acceptée. Elle préconise un examen juridique préliminaire non contraignant sur la compatibilité d’une initiative avec le droit international. C’est peu de chose. Mais alors que le Conseil fédéral était prêt à enterrer le projet, la commission compétente du Conseil national en a décidé autrement ce mardi. La motion reste à l’ordre du jour. Le signal est modeste. Pas encore de quoi freiner l’UDC dans ses tentatives répétées d’isoler la Suisse du reste du monde. Mais il est là. Et il y a là une opportunité à saisir. A moins de carrément invalider l’initiative de l’UDC lorsqu’elle sera devant le parlement et d’enfin ouvrir cette brèche .