Incidences

L’initiative de Paris pour la paix au Moyen Orient

La Suisse a été invitée à participer à la conférence de paris sur le Moyen Orient, ce qui constitue un beau succès diplomatique

Le chaos qui règne au Moyen Orient –la guerre en Syrie, les activités terroristes du groupe de l’Etat islamique la crise violente qui secoue l’Irak, les tensions entre l’Iran et l’Arabie saoudite – fait passer le conflit israélo-palestinien au second plan. Pourtant, l’occupation des territoires palestiniens se poursuit, et la colonisation entraîne des réactions violentes de Palestiniens contre les civils et les militaires israéliens.

La France a voulu réagir face au pourrissement de la situation, qui n’en rend que plus urgente la solution de deux Etats vivant côte à côte en paix et en sécurité. Le statu quo n’est pas durable. Elle a donc pris l’initiative de réunir à Paris, le 3 juin dernier, une conférence diplomatique qui s’est assignée trois objectifs principaux.

Lancer un cri d’alarme

Il s’agissait de lancer un cri d’alarme et de souligner que l’absence de négociation crée un vide dangereux qui ne peut bénéficier qu’aux extrémistes. Depuis l’échec de la dernière tentative de médiation en avril 2014, le contexte international s’est alourdi, notamment avec l’émergence de Daech et l’intervention croissante de l’Iran. Il y a donc urgence.

Or la coexistence de deux Etats est la seule formule permettant un règlement durable, juste et global du conflit. Il convient de l’affirmer face à ceux qui envisagent froidement la création d’un Etat binational ou qui cherchent à transformer un conflit politique et national en un affrontement religieux.

Enfin, il ne s’agit pas de se substituer aux parties, mais il incombe à la communauté internationale de créer les conditions d’une reprise des négociations directes, en incitant Israéliens et Palestiniens à retrouver le chemin de la confiance. Le communiqué final se réfère à l’initiative de paix arabe et à l’action du Quartet, toujours pertinentes.

Le modèle du groupe de contact

La France a appliqué le modèle du groupe de contact créé autour de la Syrie et de la Libye: les voisins et les pays exerçant une influence dans la région se réunissent d’abord sans les parties directement concernées pour mettre au point les éléments d’une sortie de crise, que l’on soumet ensuite aux intéressés. La réunion du 3 juin devrait déboucher sur une autre conférence internationale après les élections américaines, en présence cette fois-ci des Israéliens et des Palestiniens.

En raison du désengagement des Etats-Unis de la région, la France a pu penser que son heure était venue.

Les Etats-Unis pas enthousiastes

Cependant, les Etats-Unis ne se sont pas montrés enthousiastes. John Kerry a accepté de participer à la conférence, davantage pour préserver ses bonnes relations avec la France que pour contribuer à la substance de la conférence. Il n’a fait aucune proposition. Tandis que les Palestiniens approuvaient la volonté de Paris d’aller de l’avant, y voyant la garantie d’une plus grande impartialité, les Israéliens s’opposaient à l’internationalisation des pourparlers. Les Américains en ont tenu compte: ils ont fait amender le projet de communiqué final. La convocation d’une conférence internationale à l’automne n’est plus qu’une «perspective» incertaine; le texte ne comporte aucun calendrier, aucune sanction ni aucun paramètre, contrairement à l’intention affichée par la France avant la conférence. Tout au plus, des groupes de travail seront-ils formés pour approfondir les questions de sécurité et de coopération régionale.

La Suisse a été invitée à participer à cette conférence, ce qui constitue un beau succès diplomatique. Elle était représentée par le conseiller fédéral Didier Burkhalter, chef du département des affaires étrangères. Il a rappelé l’initiative de Genève et a fait part du rôle de la Suisse dans la restauration de l’unité palestinienne pour surmonter les divisions entre Gaza et Ramallah et donner ainsi pleine légitimité démocratique aux Palestiniens. Il y voit l’une des conditions pour la réalisation de la solution de deux Etats.

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