Le deuxième essai aura été le bon. Après avoir, en mai 2014, tenté en vain d’acquérir AstraZeneca pour pouvoir déplacer son siège fiscal en Grande-Bretagne, le groupe américain Pfizer a jeté son dévolu sur Allergan, basé en Irlande. Il s’agit de la fusion du siècle, la plus importante jamais réalisée dans le secteur pharmaceutique, avec une valeur de 160 milliards de dollars.

Pourquoi cette somme astronomique? Certes, l’entreprise Allergan possède le produit Botox, dont le caractère innovant est cependant controversé, et quelques médicaments en ophtalmologie, mais la valeur purement pharmaceutique de la société, après la récente vente de ses médicaments génériques au groupe israélien Teva, n’est pas extraordinaire.

Pfizer, qui fut longtemps numéro un mondial de l’industrie pharmaceutique, avant d’être détrôné par le bâlois Novartis, s’est plaint sans cesse d’un désavantage concurrentiel dû au fort taux d’imposition (35%) le frappant aux Etats-Unis. En gonflant la valeur d’Allergan, une entreprise six fois plus petite que Pfizer mais qui représente 44% de la nouvelle entité, le groupe américain donne un faux signal aux observateurs.

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Alors que les responsables des systèmes de santé se plaignent du coût excessif de certains médicaments, en particulier aux Etats-Unis, Pfizer fait de la surenchère et investit une somme colossale, non pas au service de la recherche pharmaceutique, mais pour faire, au premier chef, de l’optimisation fiscale.

Allergan est d’ailleurs aussi une société américaine qui s’est exilée en Europe pour des raisons fiscales. Autant certaines fusions, comme celle de Roche et Genentech, ont eu du sens pour accélérer l’innovation, autant celle annoncée lundi paraît inefficace.
Si l’industrie pharmaceutique jouit d’une mauvaise réputation, ce n’est pas seulement parce que dans certaines situations elle abuse de son pouvoir scientifique en parvenant à faire payer très cher des innovations qui n’en sont pas, mais c’est aussi à cause d’opérations de fusion contestables.

L’un des premiers soucis du patron du nouveau numéro un mondial de l’industrie pharmaceutique a été d’annoncer que la moitié du bénéfice pourra bientôt être versée aux actionnaires. A quand l’optimisation fiscale au service de l’innovation et du plus grand nombre de patients dans un secteur de la santé aux énormes besoins?

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