Editorial

L'inquiétant pouvoir des assistants numériques

Les enceintes intelligentes d'Amazon, de Google et bientôt d'Apple s'apprêtent à prendre, de manière discrète, une place importante dans nos foyers

Au premier abord, ces nouveaux appareils prêtent à sourire. Côté design, à mi-chemin entre un diffuseur d’huiles essentielles et un simple haut-parleur, ils n’ont rien d’impressionnant. Et pourtant. Les nouveaux assistants domestiques proposés par Amazon, Google et bientôt Apple et Microsoft pourraient prendre une place importante dans nos foyers d’ici quelques mois. Pour nous faciliter la vie. Mais aussi pour en contrôler une partie.

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Que ce soit le modèle Echo d’Amazon, l’appareil Home de Google et le futur HomePod d’Apple, ces appareils reliés à Internet, disponibles dès une centaine de francs, proposent des fonctions similaires: se substituer au smartphone en permettant à l’utilisateur d’interagir avec lui par la voix. «Quel film passe ce soir au cinéma de mon quartier?», «commande-moi un chauffeur Uber pour aller à l’opéra», «quel temps fera-t-il demain à Montréal?», «combien de kilos de viande mangeait un tyrannosaure?» ou encore «baisse un peu la lumière au salon», autant de commandes vocales qui comprennent et exécutent ces assistants.

Plus de 10 millions de modèles d’Echo vendus

Certes, il est possible de parler à son iPhone, en français, depuis 2012 via le service Siri. Mais personne, ou presque, ne l’utilise au bureau, dans le bus ou dans la rue. Parler à son smartphone, cela n’intéresse que peu de monde. Mais parler à une enceinte intelligente chez soi, c’est autre chose. Amazon aurait ainsi déjà vendu, aux Etats-Unis, plus de dix millions de modèles Echo.

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Son arrivée progressive en Europe, comme celle de ses concurrents, sera peut-être accompagnée de succès. Une chose est sûre, elle va nous rendre des services. Mais à un certain prix. Ainsi, il faudra accepter d’avoir chez soi un appareil qui écoute en permanence ce que nous disons, prêt à réagir à une commande commençant, par exemple pour le haut-parleur Home, par «OK Google…», ou «Dis Google…». Les géants de la technologie auront à disposition une masse incroyable de données privées qu’ils devront traiter avec le maximum de doigté.

De fait, une raréfaction des sources d’information

Un autre prix à payer sera la raréfaction massive des sources d’information. Lorsque vous effectuez une recherche classique sur Google, vous jetez peut-être un œil aux trois, voire aux cinq premiers résultats listés. Mais lorsque vous interrogerez, par la voix, votre HomePod ou votre Echo, a priori un seul résultat vous sera communiqué. L’utilisateur deviendra alors dépendant de ce petit haut-parleur qui, pour simplifier à l’extrême la vie de son maître, prendra en échange une part de contrôle de sa vie… L’arrivée puis l’omniprésence des applications dans les smartphones avaient déjà été vues comme un appauvrissement d’Internet pour l’utilisateur. Les assistants domestiques ne vont rien arranger.

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Il ne s’agit pas de nier l’utilité de ces concentrés de technologie – comme il sera pratique de dire à Home «rappelle moi à mon retour de vacances où j’ai caché mes bijoux». Mais d’être attentif à ce que nous leur cédons en échange.

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