Charivari

L’insomnie, la pire des ennemies

OPINION. On peine à la soigner. C’est un fait et c’est préoccupant, sachant qu’un Suisse sur trois endure ce mal qui plombe la vie. La solution? Dormir moins, mais mieux…

Un cher ami souffre d’insomnie. Il n’est pas le seul. Selon les spécialistes, un Suisse sur trois vit cet enfer chaque nuit. Un enfer? Le terme n’est-il pas exagéré? Non. Quand le sommeil se dérobe, la victime de ce mal se débat bien dans un piège infernal. Surtout lorsque tout a été tenté sans succès. La relaxation, le yoga, la course à pied, le suivi psychologique, l’hypnose, la naturopathie, les somnifères et plein d’autres traitements plus ou moins exotiques…

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Mon ami s’endort, accomplit deux à trois cycles de sommeil et, paf, lorsqu’il se réveille entre 3 et 4 heures du matin, c’est fini. Il a beau s’adonner à de profondes respirations, compter tous les moutons de l’univers ou se projeter sur un riant sentier de montagne où il enferme ses soucis dans un coffre bien scellé, grâce à ces techniques, il trouve le calme, l’hypersérénité, mais pas le sommeil. Du coup, ses jours sont troués. De coups de pompe, d’irritabilité, de moments de flottement et, surtout, du sentiment déprimant de ne jamais être tout à fait entier.

Médecins et psychologues démunis

Son insomnie est psychophysiologique. C’est-à-dire que l’an dernier, cet ami a connu deux stress importants, un personnel et un professionnel, qui ont perturbé son sommeil et modifié en profondeur son système cérébral. A présent que ces deux contrariétés sont levées, l’insomnie est devenue le problème. Elle s’est installée. Et la déloger semble bien plus compliqué que les solutions apportées aux ennuis, a priori plus graves, qui ont causé le dérèglement.

Ainsi, aujourd’hui, on peut soigner un cancer, mais pas une insomnie? La question semble déraisonnable et pourtant, c’est vrai. Le cancer d’un proche qui l’a tant inquiété a été parfaitement maîtrisé, c’est une joie. Mais lui reste avec son insomnie contre laquelle médecins et psys semblent démunis.

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Mode zombie

Une des options proposées récemment – et un peu en désespoir de cause – par les somnologues consiste à réduire le temps passé au lit. L’insomniaque doit retarder le plus possible l’heure du coucher pour tenter une traversée sans la frustration d’un réveil nocturne et angoissant. Ainsi, la personne continue à ne dormir que quatre ou cinq heures par nuit, en tout cas au début, mais au moins, elle n’a pas la sensation d’échec.

Pourquoi pas? Retrouver la confiance dans Morphée semble être la bonne voie. Encore faut-il tenir jusqu’à 1 heure du matin quand on est en mode zombie… Sinon, les concernés peuvent méditer cette citation d’Emil Cioran, éternel optimiste comme chacun le sait: «L’insomnie est la seule forme d’héroïsme au lit.» Bien observé, mais au XXIe siècle, les héros sont fatigués.


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