Que penser d’un parlement qui consacre 170 heures à un projet qualifié de prioritaire, demande une cinquantaine de rapports supplémentaires et finit par se lancer la vaisselle à la figure à l’heure du vote? Ce parlement-là est-il vraiment à la hauteur de la tâche que les électeurs lui confient?

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Jeudi, la réforme de la prévoyance vieillesse 2020 a été adoptée de justesse et dans la douleur. Ses partisans, le conseiller fédéral Alain Berset en tête, sont parvenus in extremis à convaincre 101 conseillers nationaux, soit tout juste le nombre de voix nécessaires.

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L’histoire ne retiendra peut-être que le résultat des débats, alors que les acteurs de ce dossier ont rarement vécu une telle dramaturgie sous la coupole. Premier responsable: le Conseil des Etats. La chambre dite de réflexion a mis le turbo pour affirmer sa position avant la fin de la précédente législature, en 2015. Le PDC et le PS ont sorti de leur chapeau magique l’idée d’un bonus compensatoire de 70 francs pour toutes les nouvelles rentes AVS et verrouillé la discussion. A prendre ou à laisser. Pendant près de deux ans, ils n’ont laissé aucune ouverture sous prétexte qu’il s’agissait de «LA» solution susceptible d’être acceptée par les citoyens.

Deuxième responsable: le Conseil national, où autant le PLR que l’UDC ont été incapables, lorsque le paquet est arrivé sur leur table, de faire une contre-proposition crédible. Ils se sont discrédités et enlisés avec leur idée de mécanisme automatique d’élévation de l’âge de la retraite jusqu’à 67 ans, avant de le jeter à la poubelle. Ils ont fait des concessions dans la dernière ligne droite, mais ont aussi adopté une posture guerrière peu compatible avec la culture du dialogue.

Au final, c’est parce qu’un junior partner, en l’occurrence les Verts libéraux, et la Lega tessinoise ont décidé de soutenir la réforme que cette dernière a été adoptée.

Les Verts libéraux surtout ont joué un rôle crucial. Après avoir vainement proposé des solutions médianes, par exemple de cibler la hausse de 70 francs de la rente AVS et de l’attribuer à ceux qui en ont le plus besoin, ils ont choisi la voie de la raison. Ils restent opposés à la réforme mais estiment qu’étant donné le climat politique, il faut en référer au peuple. C’est pour cette unique raison qu’ils ont décidé d’apporter in extremis leur soutien au projet.

Devoir compter sur un petit parti non gouvernemental pour trouver une issue, qui plus est pour une réforme qualifiée de majeure, en dit long sur l’ambiance qui règne à Berne depuis le début de la législature.

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