Charivari

L’instinct maternel existe, et ce n’est pas une bonne nouvelle

OPINION. What?! Une étude américaine démontre que le cerveau des mères est programmé pour répondre aux pleurs du bébé. Un coup dur aux thèses féministes et égalitaires d’Elisabeth Badinter

Ben ça alors! Grâce à Elisabeth Badinter – qu’on ne remerciera jamais assez pour son exercice de désaliénation du féminin – j’ai grandi avec l’idée que l’instinct maternel était une construction sociale. Un mythe destiné à assigner à la femme le rôle de mère avant (ou même au détriment de) toute autre activité. En 1980, l’intellectuelle française a publié L’Amour en plus, qui démontre toutes les parts sociale et politique dans l’idée de l’entente privilégiée entre une maman et son petit, et cet ouvrage est une bible pour les féministes. Soit pour nous toutes. Car laquelle d’entre nous aimerait encore, comme sa grand-mère, dépendre de son mari pour signer un contrat de travail, ouvrir un compte en banque ou louer un appartement?

Bref, j’ai grandi avec ce principe de totale équité de l’homme et de la femme face à l’enfant. Et là, crac, de manière anodine, je découvre une étude made in USA qui dit le contraire. Selon cette investigation menée par IRM sur 684 femmes dans 11 pays du globe, des zones particulières du cerveau, celles du mouvement et de la parole, s’activent chez ces femmes lorsque le bébé se met à pleurer. Ce qui, dit une recherche antérieure, n’est pas le cas chez les hommes avec la même régularité, ni la même intensité.

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Il va falloir digérer ça

«Ces résultats laissent penser que les réponses des mères aux pleurs de leur bébé sont bien programmées dans le cerveau et communes à l’ensemble des cultures», concluent les auteurs. Re-crac. Non seulement l’instinct maternel existe mais, en plus, il est universel. Bien sûr, d’entrée, on se demande quels intérêts sert cette recherche, d’autant qu’elle a été effectuée dans un pays où la progression sociale est aujourd’hui une ennemie. Mais Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America
(PNAS) est une revue scientifique sérieuse qui ne peut pas être suspectée de parti pris politique.

Il va donc falloir digérer la nouvelle. Et espérer qu’elle ne coupe pas (plus) les ailes des jeunes femmes qui, multidiplômées, abandonnent l’idée d’occuper des postes à responsabilité pour pouponner. Après le constat que, malgré l’émancipation féminine, le harcèlement sexuel n’a pas reculé de manière notable ces cinquante dernières années, c’est un autre coup dur porté à l’égalité homme-femme, une égalité déjà bien sonnée: chaque jour, 20 000 mineures sont mariées en toute illégalité, révélait le 11 octobre dernier une étude publiée par Save the Children et la Banque mondiale. Vingt mille? Chaque jour? Il y a des infos qui me laissent simplement sans mots.


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