Le Conseil fédéral aurait-il voulu humilier les milieux de la formation et de la recherche qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Le collège a beau répéter, année après année, le caractère stratégique pour le pays de l’éducation professionnelle et supérieure, ainsi que de la science, le spectacle qu’il a donné pour la nomination du futur chef du Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation est piteux. D’abord, le manque de sens politique de Johann Schneider-Ammann, qui sera aussi chargé de l’apprentissage et des hautes écoles dans sept mois, le pousse à proposer un proche, sans même se douter d’un possible conflit de fonctions. Le cafouillage se révélait déjà désastreux en termes d’image. Puis, ce mercredi, comme pour sauver la face, le collège entérine le choix d’une discutable continuité. Des deux titulaires actuels, Mauro Dell’Ambrogio est clairement le moins profilé.

Le regroupement de la formation professionnelle et des hautes écoles n’est pas qu’un jeu de Lego administratif. Plus que jamais, le nouveau secrétaire d’Etat devra consolider la formation professionnelle de base, renforcer et clarifier le rôle des hautes écoles spécialisées, et placer le mieux possible la Suisse sur la carte académique et scientifique mondiale.

Face à ces enjeux considérables, le départ est raté. Le futur ministre paraît discrédité, faute d’avoir eu la moindre attention à l’égard des milieux dont il devra assumer la tutelle. Et le choix du titulaire laisse songeur.

Certes, les milieux académiques peuvent aussi trouver quelques avantages à cette issue: depuis quatre ans, Mauro Dell’Ambrogio, chantre de la subsidiarité, ne les empêche pas de dormir. Mais pour insuffler quelque souffle à la construction en cours, pour dessiner le nouveau paysage de la formation, fallait-il précisément retenir le haut fonctionnaire qui se cantonne dans une posture de retrait constant?

Avec ses nouvelles prérogatives, le secrétaire d’Etat devra façonner l’architecture politique du pilotage de la formation et de la recherche. En particulier, la constitution d’une conférence nationale des hautes écoles, dont la cohérence et l’efficacité semblent tout sauf assurées. Les défis internationaux, à commencer par les relations avec l’Europe de la recherche, se multiplieront.

Dans ce contexte, la refondation, au niveau fédéral, du domaine de l’éducation et de la science commence de la manière la plus déplorable qui soit. ö Page 7

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