Éditorial

L’insupportable feuilleton de l’équivalence boursière

EDITORIAL. L’épée de Damoclès que fait planer l’UE au-dessus de la place financière suisse dit à quel point la relation bilatérale s’est dégradée. Une impasse dont tout le monde sort perdant

Bruxelles va-t-elle rayer d’un trait de plume la place financière suisse et sa bourse, la quatrième du continent? En refusant l’équivalence qui permet aux actions suisses d’être négociées sur les plateformes européennes, et vice versa, l’UE tirerait la première salve de ce qui pourrait être une longue guerre bilatérale.

On n’en est heureusement pas encore là. Mardi, la Commission européenne a une fois de plus ajourné sa décision sur ce dossier crucial pour l’économie suisse. Une décision est attendue lundi prochain, a-t-on laissé filtrer du côté du Berlaymont, le glacial siège de l’exécutif communautaire. En attendant, l’insupportable feuilleton continue.

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Cette incertitude est précisément l’effet recherché par les Européens pour mettre la Suisse sous pression. L’équivalence boursière ne sera accordée que si Berne avance vers un accord institutionnel avec l’UE, a fait savoir Bruxelles. Comme le Conseil fédéral se montre timoré, l’équivalence boursière devrait être refusée. Ce serait d’une injustice crasse – les Etats-Unis ou Singapour, bien plus éloignés de l’UE, ont reçu cette équivalence –, mais cohérente avec le rapport de force qui obère la relation bilatérale.

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Au lieu de cela, Bruxelles fait durer le suspense. En s’acheminant, probablement, vers une prolongation provisoire pour six mois de l’équivalence boursière. Car la menace de la suspension est plus efficace que la mesure elle-même, grâce à la peur de l’inconnu qu’elle fait naître.

Nul ne sait quels seraient les effets concrets de la fin de l’équivalence. Ils seraient sans doute modérés, mais désagréables. Il serait plus compliqué pour les Européens de négocier des actions suisses. Les grandes entreprises helvétiques verraient leur accès au marché européen des capitaux réduit. Le marché des actions helvétiques devrait être rapatrié en Suisse, avec des coûts à la clé. La bourse suisse risquerait de perdre en substance. Mais le principal dégât serait celui de l’image: une Suisse forcée de se replier sur son petit marché intérieur perdrait son statut de leader parmi les places boursières européennes.

Cet affaiblissement de la place financière ne serait rien en comparaison de ce qui pourrait advenir si l’épée de Damoclès européenne s’abattait dans d’autres domaines – du commerce à l’électricité en passant par les médicaments ou l’alimentation.

Le poison de la relation bilatérale est là. Si Bruxelles ne menace pas et ne joue pas du rapport de force, la Suisse ne bouge pas. Mais ces méthodes musclées rendent l’UE de plus en plus impopulaire en Suisse, aggravant le blocage. Une situation perdant-perdant dont on ne semble pas près de sortir.

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