Cet été, «Le Temps» a confié ses espaces dévolus aux opinions à six personnalités, chacune sur un thème et une semaine. Lynn Bertholet, qui dirige l'association Epicène, anime cette cinquième semaine, consacrée aux questions de genre. Retrouvez toutes les contributions de ses invité·es.

Nous interagissons avec l’intelligence artificielle quotidiennement. Invisible, elle influence notre rapport au monde sans que nous nous en rendions compte, car elle n’a pas grand-chose en commun avec la science-fiction: elle ne ressemble pas à un robot et n’est pas vraiment intelligente. Certes, elle peut réaliser des prouesses, mais elle se limite à des tâches très spécialisées. Quand Alphago de Google bat le champion du monde de go en 2017, il n’est pas intelligent. Il est très efficace au go, mais est incapable de tenir une conversation intéressante avec un enfant de 10 ans. Ces algorithmes n’ont pas d’intentionnalité propre. Ils portent celle de leurs concepteurs. Leurs résultats façonnent la société numérique de demain. En Suisse, comme en Europe, ces concepteurs sont essentiellement des hommes. Selon les chiffres de l’OFS, les femmes ne représentent que 18,2% des personnes travaillant dans les métiers de l’informatique. Dans les filières informatiques des HES, on ne dénombre que 7,5% d’étudiantes, et 16% en informatique de gestion. Dans les EPF, elles sont environ 12%. Quelles seront les conséquences de ce monde sans femmes?