Revue de presse

L’inventeur de la kalachnikov a passé l’arme à gauche

L’inventeur de l’AK-47, dont quelque 100 millions d’exemplaires ont été vendus de par le monde, est décédé hier à l’âge de 94 ans. De la lointaine Sibérie à la Suisse, retour sur cette vie «digne d’un roman d’aventures» dont la presse se fait l’écho aujourd’hui

En visite à Berlin il y a une dizaine d’années, Mikhaïl Kalachnikov avait fait preuve d’un certain sens de la formule. «Je suis désolé que mon invention soit utilisée par les terroristes. Si j’avais su, j’aurais préféré inventer une tondeuse à gazon», expliquait-il à la correspondante du Guardian .

Décédé hier à l’âge de 94 ans dans son petit appartement de la ville de Ijesk, dans l’Oural (où est toujours fabriquée la mitraillette aujourd’hui), l’inventeur de l’arme la plus célèbre du monde avait eu une vie «digne d’un roman d’aventures. Une légende vivante», n’hésite pas à affirmer Le Monde .

Né le 10 novembre 1919 quelque part en Russie (certains disent en Sibérie, d’autre dans le sud de la Russie), 17e de 18 enfants, Mikhaïl Timofeyevich Kalachnikov aurait été déclaré mort à l’âge de 6 ans déjà. Alors que sa famille est déportée par Staline qui procède à la collectivisation des terres, sa fratrie est décimée: les parents perdent dix enfants, d’épuisement ou de maladie.

Rêves de poésie

«Huit survivent, dont le petit «Micha». Pourtant sa santé est fragile. […] Terrassé par une forte fièvre, il sombre dans un coma profond, on le croit mort…» Quelqu’un aurait l’idée de chatouiller le nez de l’enfant avec un duvet d’oie. «Le petit garçon réagit faiblement, il est vivant», raconte le quotidien français.

Ambitieux, le jeune homme comprendra vite qu’il lui faut prendre sa carte du parti pour réaliser ses rêves. Alors qu’il désirait secrètement devenir poète, souligne le Wall Street Journal , il sera happé par l’armée au début de la deuxième guerre mondiale et deviendra pilote de tank. Blessé dès les premiers combats, il rejoindra un laboratoire d’armement où il pensera sa fameuse mitraillette. En 1947, un premier modèle voit le jour et sous le nom de Avtomat Kalachnikova – l’AK-47 était né.

Pour l’anecdote, il rencontrera également dans ce laboratoire celle qui deviendra sa femme, Ekaterina, et avec qui il aura quatre enfants.

Visite en Suisse

En 1990, lors de sa première visite aux Etats-Unis, il fit la connaissance d’Eugene Stoner à Washington – l’inventeur du M-16, fusil américain rival de son AK-47. «Ses habits étaient élimés, les quelques dollars qu’il avait en poche lui avaient été donnés par son usine et c’est l’American Institute qui lui payait le voyage», raconte le Financial Times . Il aurait dit plus tard: «Stoner avait son propre jet, je n’avais même pas les moyens de me payer mon billet d’avion…»

L’homme avait également fait un détour par la Suisse, se rappelle la RTS. Ainsi, en 1996, Mikhaïl Kalachnikov se rend au Gothard, «devant le monument dédié au général Souvorov qui avait traversé les Alpes pour se battre contre Napoléon».

La plupart des médias internationaux revenant sur ce décès – par exemple le Financial Times – semblent noter avec une certaine ironie que «l’Etat soviétique ne lui a jamais payé de royalties sur son invention». L’homme vivra ainsi le reste de sa vie dans un modeste HLM de Ijesk, se rendant jusqu’à ses 80 ans à l’usine où sont fabriquées les dernières générations d’AK-47.

«Intéressant et sympathique»

Pas de regrets, Mikhaïl Kalachnikov aura reçu d’autres marques de remerciements. «A son 75e anniversaire, le président Boris Eltsine en personne le fit membre de l’Ordre de Saint-Vladimir, la plus haute distinction russe. En 2009, pour ses 90 ans, il fut nommé «Héros de la nation» par Dimitri Medvedev», rappelle le FT dans sa chronique mortuaire. «Lui qui portait déjà la médaille Lénine, la médaille Staline et celle du héros du Travail socialiste, entre autres…», énumère Euronews.

«Durant sa longue carrière, il a créé à peu près 150 armes diverses. Le plus célèbre étant l’AK-47, arme facile d’utilisation, robuste et fiable, elle s’est vendue à quelque 100 millions d’exemplaires dans le monde», note l’agence de presse russe Ria Novosti, en guise de légende de sa galerie photos consacrée au défunt.

Hospitalisé depuis le mois de novembre pour une «hémorragie gastrique», il avait été opéré à plusieurs reprises, mais sans succès. L’homme, «intéressant et sympathique, qui a vécu une vie modeste», sera enterré le 25 décembre, écrit le quotidien économique russe Kommersant .

EDIT: Mikhaïl Kalachnikov sera finalement enterré le vendred 27 décembre dans un mémorial militaire près de Moscou. Le président russe Vladimir Poutine et d’autres invités de marque y sont attendus.

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