La petite scène se déroule la semaine dernière à Pretoria, au milieu de la tournée africaine de George Bush. Le script de la conférence de presse est écrit: on y évoquera la lutte contre le sida, et la «compassion engagée» de l'administration américaine pour les malheurs du continent noir. Mais le script dérape: «Monsieur le président, fait un journaliste, la Maison-Blanche a admis que c'était une erreur d'accuser l'Irak d'avoir tenté d'acheter de l'uranium africain…» Panique présidentielle: jusque-là, personne n'avait osé poser la question frontalement. Et là, ce journaliste africain… Bush bafouille, rougit. Le soleil de plomb de Pretoria n'y est pour rien. «Ecoutez, répond-il, il n'y a pas de doutes dans mon esprit: Saddam Hussein était une menace pour la paix dans le monde. […] Quand tout sera élucidé, les faits diront la vérité au monde.»

Les faits justement, ou plutôt leur absence, voilà qui commence à incommoder le camp de la guerre et ses duettistes de choc à Washington et Londres. Et si l'été nous offrait, quelques semaines seulement après la prise éclair de Bagdad, le spectacle d'un Irakgate mondial? Après la guerre en Irak, l'aveu en live bientôt sur les écrans?

La presse britannique, indépendante, dont l'une des belles vertus est de ne jamais lâcher prise quand elle estime la cause juste, fait donner depuis quelques jours l'artillerie lourde. Les preuves qu'elle accumule (lire pages 2, 3 et 5) sont saisissantes. Depuis le début, les manipulations du binôme Bush-Blair ont été orchestrées, arrangées, planifiées, pour un but de guerre qui reste peu clair. Si les armes de destruction massive n'étaient qu'un leurre destiné aux opinions publiques, quel était l'objectif de l'équipée anglo-américaine? Les semaines à venir seront passionnantes, très dangereuses pour les deux leaders pris en flagrant délit de mensonge d'Etat. Sauf à prétendre, comme le faisait Proust, que «le mensonge est essentiel à l'humanité», Bush et Blair vont offrir le spectacle pathétique de leurs contorsions sémantiques, sur le mode «c'est pas moi c'est l'autre». L'été sera torride. Et pas seulement à Pretoria.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.