éditorial

L’Iran, victime du printemps arabe?

A l’image du djihadisme prôné par Al-Qaida, la rhétorique de la République islamique paraît en total décalage avec les événements d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient

L’Iran est-il, comme Oussama ben Laden, l’une des principales victimes du printemps arabe? A l’image du djihadisme prôné par Al-Qaida, la rhétorique de la République islamique paraît en total décalage avec les événements d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Les révoltes de 2011 ont montré que le modèle auquel aspiraient les populations arabes était celui de la démocratie. L’islamiste tunisien Rachid al-Ghanouchi a lui-même sèchement refusé l’antienne du guide suprême iranien selon laquelle le printemps arabe est un «réveil islamique» perpétuant la Révolution iranienne. Les Frères musulmans ont aussi insisté sur le fait que la révolution égyptienne était celle du peuple, non des islamistes.

Depuis le début des soulèvements, Téhéran continue néanmoins de se présenter comme le défenseur des musulmans opprimés et de tenter de gagner l’estime de la rue arabe. La donne a pourtant fondamentalement changé. La République islamique et son modèle de gouvernement agissent aujourd’hui comme un repoussoir auprès de ceux qui ont contribué à renverser des Moubarak ou Ben Ali.

Prompt à encourager le soulèvement des chiites de Bahreïn, le régime iranien n’est pas prêt à en faire de même avec ses propres citoyens. C’est pourtant cette propagande, ce soft power , qui a permis à l’Iran de se profiler comme une puissance régionale. C’est aussi la rhétorique anti-américaine et anti-israélienne, un pilier fondateur de la République islamique, qui est mise à mal par le printemps arabe. Depuis le début de l’année, peu de drapeaux des Etats-Unis ou d’Israël ont été brûlés, car les revendications de la contestation sont de nature plus pragmatique qu’idéologique. L’éventuelle chute du régime du président syrien, Bachar el-Assad, aurait elle aussi un vrai impact. L’Iran se verrait priver d’un allié central du «front du refus» pour contrer l’Occident et l’Etat hébreu.

Le pouvoir iranien semble enfin fragilisé. Dans le camp conservateur, la guerre est ouverte. Pendant dix jours, le président Mahmoud Ahmadinejad s’est éclipsé de la scène politique pour manifester sa colère au guide suprême. Cette lutte intestine affaiblit désormais le régime. De plus, un succès de la rue syrienne face à Bachar el-Assad pourrait relancer l’opposition et le Mouvement vert, écrasé par les Gardiens de la révolution en 2009 et 2010. Et la radicalisation du régime pourrait inciter le Mouvement vert à se radicaliser à son tour.

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