revue de presse

Comment l’Irlande va très probablement dire «Tá» (Yes) au mariage gay

Malgré une fin de campagne parfois assez sordide, les Irlandais vont selon toute vraisemblance voter aujourd’hui en faveur du mariage homosexuel, le pays devenant le premier du monde à légaliser le mariage gay par référendum, et non au Parlement. Le suspense pourtant demeure, dans une nation restée très catholique. Plongée dans la presse anglaise et irlandaise, qui s’emballe

Les bookmakers qui organisent les paris donnent le Oui gagnant à 14 contre 1, annonce le Daily Mirror britannique: les Irlandais vont légaliser aujourd’hui le mariage gay, un chemin incroyable parcouru quand on songe que l’homosexualité était encore un crime en 1993. Le vote a plus divisé le pays qu’on ne le dit, explique le quotidien populaire, tout dépendra en fait de la participation: les plus de 65 ans votent davantage, or ils sont globalement contre; les jeunes électeurs devront donc se mobiliser pour que les partisans du Oui n’aient pas une «nasty surprise» - une sale surprise.

L’Irlande n’accepte pas le vote par procuration, or les expatriés se comptent par millions, c’est pourquoi «de Sydney à Vancouver, les Irlandais retournent chez eux pour voter», s’extasie l’Irish Times, qui cite notamment le cas d’une jeune femme qui travaille à la promotion du tourisme irlandais à Amsterdam: «J’ai l’impression qu’en votant, je fais quelque chose pour promouvoir mon pays». Une tendance qu’on retrouve sur Twitter bien sûr:

Le gouvernement a enregistré 68 000 nouveaux électeurs depuis deux semaines, signe que la jeunesse se mobilise, admire de son côté The Guardian. Qui rappelle aussi les faits: trois millions d’électeurs, 5 heures de vote, un résultat attendu demain, et l’Histoire au bout du chemin - pour une fois le terme n’est pas galvaudé: si une vingtaine de pays ont légalisé le mariage gay aujourd’hui, l’Irlande devrait être le premier à le faire par référendum (la Constitution doit être amendée).

La campagne a pourtant été bien sordide ces dernières semaines: il faut dire qu’elle a été peu équilibrée. Les temps ont bien changé: alors que dans les années 1970, 90% des Irlandais disaient aller à la messe toutes les semaines, le chiffre est tombé à 35% selon un récent sondage cité par le Daily Mirror. Réseaux obligent, les camps ont combattu sur le web, et cette vidéo au style «fait maison» est ainsi devenue virale:

Car globalement la voix catholique a perdu de sa force, et ce n’est donc pas si surprenant que les articles en faveur du Oui aient été trois fois plus nombreux que les autres, selon une étude indépendante citée par le Irish Times (qui lui, a proposé un traitement presque équilibré de la question). D’où peut-être les façons sordides utilisées par le camp du Non, inquiet, pour tenter de faire entendre sa voix: des journalistes en faveur du Oui ont reçu des lettres de menaces ou d’insultes, et une union d’activistes partisans du Non a semé le trouble en faisant valoir les problèmes pour les adoptions que poserait le mariage gay: pour eux, les enfants adoptables pourraient donc être forcés d’aller dans des familles homosexuelles. Les opposants aussi affirment avoir été menacés et bâillonnés par les médias notamment. Cette vidéo aussi, est devenue virale:

Un petit détour par la TimeLine d’Una Mullaly, journaliste à l’ Irish Times donne une bonne idée de l’âpreté de la bataille.

Rien donc n’est joué. En 1995, le Oui au divorce, donné largement gagnant dans les sondages, ne l’avait finalement emporté que... de 0,6%, rappelle opportunément le site australien La Conversation.

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