Cet été, «Le Temps» a confié ses espaces dévolus aux opinions à six personnalités, chacune sur un thème et une semaine. Le philosophe Martin Morend anime cette cinquième semaine, consacrée à son sujet de prédilection. Retrouvez toutes les contributions de ses invités.

Si quelque chose indispose les philosophes, c’est bien l’irrationalité. Cet agacement ne date pas d’hier. Pour Aristote, adopter un comportement irrationnel, c’est s’avilir, puisque c’est la faculté d’agir rationnellement qui élève l’espèce humaine au-dessus des autres espèces animales. Les philosophes et théologiens médiévaux lui ont emboîté le pas sur ce sujet. Et le zèle rationaliste caractérisant le siècle des Lumières est une composante de l’histoire occidentale que personne ne peut ignorer. Au-delà de la contrariété qu’elle suscite, l’irrationalité est une notion dont les contours précis sont encore mal connus. Qu’est-ce que, précisément, un comportement irrationnel? Par exemple, est-ce que la pratique d’un sport tel que le base-jump («une entreprise téméraire absolue» au sens de la Suva) est irrationnelle?