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Les Bermudes, le pire «des pires», selon Oxfam.
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Revue de presse

La liste des «pires paradis fiscaux» selon Oxfam laisse les médias de marbre

Ils sont bien peu à se défendre contre les accusations de l’ONG britannique. Voilà certes des informations séduisantes pour faire des titres accrocheurs, mais que propose exactement Oxfam? De faux remèdes

L’ONG Oxfam International, cette confédération composée de 18 organisations indépendantes de même sensibilité qui agissent «contre les injustices et la pauvreté», s’inquiète et dénonce donc la «dangereuse course à la concurrence fiscale» à laquelle se livrent les Etats pour attirer les entreprises. A l’appui de ses arguments, elle dresse la liste des quinze «pires paradis fiscaux», dont quatre pays de l’Union européenne et la Suisse, dans un rapport publié mardi. Voici cette liste, présentée via une infographie du site Boursorama, qui énumère aussi les critères retenus:

RTS Info résume le tableau. «Les pires paradis fiscaux» sont donc les Bermudes – «grand vainqueur de ce titre peu enviable», selon LaTribune.frles îles Caïmans et les Pays-Bas. Directement suivis de la Suisse, en quatrième position.
Par ailleurs, les quatre pays de l’UE qui apparaissent dans le top 10 sont, outre les Pays-Bas, l’Irlande, le Luxembourg et Chypre. «Comme pour la Suisse et les autres pays mentionnés», Oxfam critique «leurs pratiques favorisant les formes les plus extrêmes d’évasion fiscale des entreprises, entraînant une concurrence sur la réduction de l’impôt sur les sociétés».

Lire aussi: Oxfam fustige une «dangereuse course à la concurrence fiscale»

Curieusement (?), ce classement laisse les médias un peu de marbre. Beaucoup se contentent de publier les dépêches d’agences rédigées sans commentaire à partir des points saillants du rapport d’Oxfam. L’ONG, du coup, semble bénéficier de bien peu de crédibilité auprès d’eux. Dans cet océan d’indifférence, presque seul, L’Essentiel luxembourgeois défend le Grand-Duché, placé en 7e position.

Il rappelle que «la semaine dernière, une autre ONG, Eurodad, dénonçait l’explosion du nombre d’accords fiscaux conclus par le Luxembourg». Le ministre des Finances, Pierre Gramegna, avait alors regretté que «des clichés soient maintenus sur les rulings et le Luxembourg sans tenir compte du travail législatif réalisé en faveur de plus de transparence et de l’échange automatique de rulings entre Etats membres de l’UE, dès 2017». La Suisse pourrait utiliser les mêmes arguments.

LaTribune.fr constate encore «que les îles et archipels sont surreprésentés» dans ce classement, en particulier les îles dépendantes de la Couronne britannique, au nombre de trois avec les îles Caïmans (2e), Jersey (12e) et les îles Vierges (15e). A ce propos, on conseillera sans retenue le documentaire Le Paradis des milliardaires, au cœur des îles Caïmans, que diffuse la chaîne France Ô ce mercredi à 20h50. Sur ce territoire du Royaume-Uni où pullulent les comptes offshore, il n’existe en effet aucune aide gouvernementale pour les plus démunis, et tout y est hors de prix.

Villas et voitures de luxe

Si la fortune totale amassée là-bas s’élève à plus de 20 000 milliards de francs, ni le gouvernement local ni les habitants n’en voient jamais le moindre centime. Les quartiers pauvres côtoient les villas et les voitures de luxe, mais l’ensemble des services que fournissent les Etats dits «normaux» à leurs citoyens sont confiés à des associations «caritatives», comme Oxfam, justement. Pour une grande partie des Caïmaniens, ne pas payer d’impôts a tout de même un prix.

Quoi d’autre? Les Pays-Bas (3e) «ont été épinglés pour leur incitation fiscale baptisée «boîte à innovation», qui coûtera plus de 1,2 milliard de dollars en 2016, soit 7,6% des recettes fiscales issues de l’imposition des entreprises aux Pays-Bas», précise Oxfam. Et du côté de l’Irlande (6e), «c’est évidemment la présence des géants américains du numérique, Google et Facebook en tête, qui a pesé dans la balance».

Quelques exceptions

Trois exceptions confirment cependant la règle. La presse irlandaise défend vigoureusement l’honneur de la nation, à l’instar de l’Irish Examiner, qui cite le ministre des Finances, Michael Noonan. Lequel prétend que les conclusions d’Oxfam sont si loin des réalités «actuelles et factuelles» que «personne ne les prendra au sérieux». Son homologue des Bermudes, Bob Richards, prétend dans la foulée, via The Royal Gazette, qu’«Oxfam commet des erreurs en série», alors que le Ministère des finances de Singapour (5e) parle d’«imprécisions» dans Today.

Selon Courrier international, une autre voix très critique s’est exprimée au tout début de 2016 au sujet des rapports d’Oxfam. «On peut toujours les féliciter de savoir se jouer des médias», avait ainsi ironisé le Daily Maverick sud-africain en commentant les informations publiées par l’ONG «selon lesquelles les 62 personnes les plus riches au monde posséd[aient…] désormais autant que la moitié de la population mondiale». «Qui pourrait résister à la publication de statistiques aussi attirantes?»

Et la corruption? Et le clientélisme?

«En mettant le projecteur sur les inégalités au lieu de soulever la question de la pauvreté, en blâmant les riches au lieu de critiquer la corruption et le clientélisme, Oxfam a raté une occasion de faire de ce monde un endroit meilleur.» Le quotidien de Johannesburg s’était alors lancé dans un calcul de redistribution des richesses, qui en concluait que «cela reviendrait à donner 475 dollars à chacun» des plus pauvres de la planète. Dans le meilleur des cas, en supposant qu’il n’y aurait aucun effet secondaire sur l’investissement, le marché de l’emploi, la production et les prix, tout cela ne mènerait pas très loin.»

En admettant donc qu’on veuille vraiment venir en aide aux plus pauvres, il ne faut pas le faire en luttant âprement contre les effets de la concurrence fiscale, mais contre «ceux qui se sont enrichis en usant de concessions exclusives et de contrats gouvernementaux et en abusant de subventions généreuses. Et si vous voulez vraiment agir pour provoquer un changement, commencez en premier lieu par démonter les politiques, qui permettent au clientélisme et à la corruption de prospérer.»

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