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Ce que l’Italie peut apprendre de la Grèce

«L’Italie ne nous inquiète pas. Un nouveau gouvernement stable sera bientôt en place. Il poursuivra les réformes structurelles selon les engagements pris par l’Etat italien et remettra le pays sur la voie de la croissance.» Vraiment?

C’est ce que Jeroen Disselbloem, le nouveau président de l’Eurogroupe, a pourtant déclaré en début de semaine à l’issue d’une rencontre des ministres des Finances de la zone euro. Affirmation surprenante. Appelés aux urnes le 25 février, les électeurs italiens n’ont pas désigné de vainqueur. Bien au contraire. Ils ont semé les graines d’une instabilité durable dans le pays.

Près d’un quart des électeurs ont, dans un vote de protestation, choisi le Mouvement 5 Etoiles du comédien Beppe Grillo, qui incarne l’opposition à l’élite politique italienne et qui rejette la «dictature européenne». Fort de ses 163 élus dans les deux chambres qui en compte 945, il ne veut pas se mouiller et refuse d’entrer dans une coalition gouvernementale. Les deux autres partis, le Front démocratique (gauche) et le Peuple de la liberté (droite), excluent de travailler ensemble.

En attendant d’y voir plus clair, le président italien a reconduit Mario Monti, très impopulaire, pour diriger un gouvernement de technocrates.

L’incertitude mine la confiance dans l’économie italienne, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’ensemble de la zone euro. Mais le président de l’Eurogroupe garde son calme. De nombreux observateurs estiment aussi que l’Italie, membre du G7 (sept pays les plus industrialisés au monde), connaît une instabilité politique permanente, mais que le pays ne cesse pas de tourner. L’économie italienne restera pourtant en récession encore en 2013 et 2014. Le taux de chômage dépasse les 14% aujourd’hui.

Les nouveaux élus sont convoqués au parlement et au Sénat la semaine prochaine. C’est seulement après que le président Giorgio Napolitano pourra demander à l’un ou l’autre dirigeant politique de former une majorité gouvernementale. Pier Luigi Bersani du Front démocratique revendique ce droit et souhaite conduire un gouvernement minoritaire qui chercherait le consensus au coup par coup sur des projets de lois précis.

Qui y croît? Qui parierait un kopeck sur un tel gouvernement qui, à l’intérieur, serait en permanence l’otage de ses adversaires et, à l’extérieur, maintiendrait les marchés sur le qui-vive et déstabiliserait l’ensemble de la zone euro?

Aux dernières nouvelles, le président italien réfléchirait à un nouveau gouvernement de technocrates. L’expérience Monti montre que son espérance de vie serait comptée.

De nouvelles élections générales s’imposent, dans ces circonstances, comme la porte de sortie. L’Italie peut suivre l’exemple de la Grèce. L’an dernier, les Grecs avaient dû retourner aux urnes une deuxième fois et voté, en connaissance de cause, pour la stabilité.

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