Crise de la dette et crises politiques à répétition avec près de 70 gouvernements successifs en 76 ans. L’Italie a souvent été la risée des disciplinés de l’austérité du nord de l’Europe. Ces jours-ci, elle aurait pourtant quelques leçons à dispenser. Après un début de pandémie désastreux, la gestion du Covid-19 par le gouvernement d’unité nationale de Mario Draghi est à plus d’un titre exemplaire. Elle a permis de restaurer la confiance de la population.

Le retour en force du Parti démocrate italien lors des municipales du week-end dernier illustre, à l’image du président du conseil, le retour en grâce de la troisième économie européenne. Il coïncide avec le recul des populistes de la Ligue de Matteo Salvini et du Mouvement 5 étoiles du comique Beppe Grillo. Ex-premier ministre italien, Enrico Letta, qui s’exprime dans nos colonnes, est l’une des réincarnations de ce renouveau, du retour de l’éthique et de la compétence en politique.

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Ironiquement, les pays qui ne manquent jamais de fustiger les travers des Transalpins se retrouvent aujourd’hui cloués au pilori pour leurs manquements. A commencer par le chancelier autrichien Sebastian Kurz, poussé à la démission pour soupçon de corruption ou le milliardaire et premier ministre tchèque Andrej Babis, battu aux législatives de ce week-end, accusé de fraude et de recours à des structures offshores.

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L’embellie politique de l’Italie ne doit toutefois pas éluder les énormes défis que le pays doit relever. L’endettement italien demeure préoccupant. La mise en œuvre intelligente et efficace du plan de relance européen, soit 191 milliards d’euros pour l’Italie, est cruciale à plusieurs égards. Elle doit permettre de moderniser un pays dont la croissance économique est restée anémique pendant des décennies. Elle doit le mettre sur les rails de l’ère numérique. Elle doit enfin redonner confiance aux Italiens dans les vertus d’un Etat efficient, visionnaire, et faire oublier l’expérience populiste malheureuse de ces dernières années. Dans cette optique, la réforme de la fiscalité qu’entreprend Mario Draghi est l’une des pierres angulaires d’un retour de la crédibilité des pouvoirs publics.

A l’heure où la Pologne ou la Hongrie s’appliquent à «détruire l’Europe», dixit Enrico Letta, ce dernier préfère ressusciter une formule chère à Jacques Delors: l’Europe doit devenir une fédération d’Etats-nations. Cet européisme traduit aussi le vœu de Draghi et Letta: même si le régime de Dublin a irrité les Italiens et causé une montée inquiétante de l’euroscepticisme jusqu’à l’avènement du gouvernement d’unité nationale, le destin de l’Italie est européen. A mi-chemin entre la réaffirmation nationale et le fédéralisme radical de l’ancien commissaire européen Altiero Spinelli.